"J'ai faim!!" C'est ce que je dis à ma mère quand elle pénètre dans ma chambre, mon refuge, sans même avoir pris le besoin de taper à la porte. Elle me fait savoir qu'on ne mangera pas avant que mon beau-père ne revienne. C'est vraiment idiot d'attendre un type qui fait de la bouffe pour les autres. Ça tombe il aura déjà mangé lui. Moi j'ai l'estomac qui fait des torsions tellement il est vide. Avant de partir ma mère jette un oeil à ce que je fais, son regard s'arrête sur mes livres éparses sur mon lit. Elle a pourtant pas voulu savoir ce que je faisais deux heures durant, moi sans un mot sans un bruit. Je tiens un livre dans le creux du ventre comme je suis allongé. Elle part et j'ouvre le bouquin a la page marquée par mon doigt. Je reprends mon crayon et je griffonne quelque chose entre les pages. Je ne vandalise pas mon manuel de chimie mais une page glissée ingénieusement. Dessus on croirait un storyboard d'un film de Marc Dorcel, si bien entendu il a besoin de ça pour imaginer ses films aux scénarii fait de trois piécettes, en fait autant que ce que portent ces filles. La mise en scène je l'ai répétée plusieurs fois. On y voit une masse me ressemblant faire des galipettes dont j'ai pourtant pas idée avec une demoiselle qui n'est pas sortie de mon imagination. J\'ai juste retranscrit ce qui ne s'écrira peut etre jamais, elle et moi sur mon lit la. Au lieu d'essayer que ce soit possible je préfère autant fantasmer sur des dessins qui ne bougent même pas. C\'est ma main qui bouge. Deux fois. La première fois que j'ai fait ça je devais avoir 13 ans, et je venais d\'arriver ici. Et mon caleçon n'a pas trop aimé la suite. Ça me saoule maintenant que mon intimité a été brisée. Je préfère me tirer ailleurs. Je prends mon gilet au passage dans le couloir et je ne réponds même pas aux menaces de ma mère qui ne m'attendra pas pour manger. Ouais y'a vraiment une différence de traitement.
Etat de crise (2) Je descends les 10 étages via l\'ascenseur, surpris qu\'il fonctionne aujourd\'hui. Ce machin fait un bruit pas possible et à chaque fois je me dis que je vais de nouveau rester coincé entre deux étages, comme la dernière fois, mais je me résous jamais à descendre les escaliers. Sur la paroi grisement peinte je grave ces mots à coté de toutes les insultes : \"heureux l\'orphelin il n\'a pas ses parents pour mendier son pain\". Je pousse la porte du hall d\'entrée qui ne ferme plus, et je passe à coté de mon lycée qui dans le soir tombant me parait encore un peu plus déprimant. Je constate avec horreur que dans le bâtiment scientifique y a de la lumière. Qui a vraiment envie de rester la apres la sonnerie? Je passe les premiers blocs de la rue et je suis assez content de pas tomber sur un mec qui me connait. Surtout de pas tomber sur Jalil qui ne manquerait pas de me demander de lui filer mon DM. Il me demanderait pas pourquoi je suis pas venu en cours aujourd\'hui. A cette heure la il est surement de l\'autre coté du quartier à négocier quelques jeux ps à un gus qui se fera avoir. J\'arrive devant le bloc de Ben et sonne à l\'interphone. Je sais que ce n\'est pas lui qui répondra, surement sa mère à l\'affut de la moindre visite. C\'est le cas et elle m\'invite à monter. Je monte les escaliers parce qu\'il n\'y a pas d\'ascenseur; 5 étages et je vais au quatrième, trop dur. J\'escalade comme je peux, un peu à bout de souffle au troisième, et c\'est la qu\'une porte que je ne voulais pas voir s\'ouvrir le fait malheureusement. Le gars qui en sort s\'arrête net et me jauge de des pieds à la tête. Elle me connait pourtant cette loque humaine. Mais l\'alcool aidant, j\'ai grand espoir qu\'il me prenne pour un autre. J\'ai pas envie qu\'il m\'accuse à juste titre d\'avoir shooté son rétro, après qu\'il nous ait fait chier pour sortir de la cage d\'escalier l\'autre soir. Il se retourne et gueule à sa bobonne qu\'il va derrière. Derrière c\'est le café du coin, et je me demande bien pourquoi il indique sa destination. Même son gosse de 4 ans il sait où il va. Il doit vouloir dissiper des soupçons de tromperie, mais honnêtement qui voudrait de lui? J\'en profite pour gravir les marches suivantes, dans l\'optique de monter jusqu\'en haut pour me faire passer pour quelqu\'un d\'autre. Et ça a l\'air de marcher parce qu\'il a attendu de voir où j\'allais. Satisfait de la réponse il descend les marches non pas 4 par 4, il n\'a surement pas envie de se vautrer une nouvelle fois et être obligé de raconter une histoire aux pompiers, que j\'imagine en avoir marre de ramasser les poivrots d\'ici. Je me plante devant la porte de Ben, je sonne, on m\'ouvre tout de suite et je suis accueilli par le chien au poil hirsute qui fait le guêt. Sa mère me salue d\'un grand sourire que je renvoie avec ma plus belle expression, conscient que je dois cacher mon malaise actuel, non pas par soucis de rassurer les gens, mais plus pour ne pas m\'étendre sur ça. J\'entre dans l\'appartement qui sent bon la frite, et je me dirige directement dans le salon pour saluer le reste de la famille, le petit frère et la petite soeur que je pense être amoureuse de moi (l\'angoisse). Je serre la main du père, qui me propose de suite un verre que je décline, quoique les biscuits apéros me tenteraient. J\'ai bien compris que Ben est dans sa chambre lui aussi, donc je me dirige d\'un pas pressé pour ne pas qu\'on me pose les questions d\'usage. Il est au milieu de son foutoir habituel, accroupi pour trouver je ne sais quoi en dessous des lits superposés, je lui demande. \"Qu\'est ce que tu cherches la dessous?\" _ putin j\'ai paumé ma pipe, putin faut que je la retrouve pour ce soir, tu viens ce soir hein? _ ben c\'est pour ça que je viens justement, je pourrais pas venir je suis assigné à résidence tu sais depuis hier soir _ hein? tu ne viens pas? mais qu\'est ce que t\'as fait? _ ben comme d\'habitude je me suis pris la tête avec ma mère donc elle me laisse pas sortir _ si c\'est le cas qu\'est ce que tu fous ici? Il s\'est pas encore retourné depuis que je suis rentré. Il est omnibulé par sa pipe. J\'vous jure. _ ben je lui ai dit que j\'allais chercher les cours chez Jalil _ les cours? tu n\'es pas allé au lycée? Je peux pas tout lui expliquer la maintenant, donc faut que j\'arrive à le détacher de son obsession du moment. Sa mère ne me laisse pas le temps d\'une tentative, elle est derrière moi et demande si je veux rester pour manger. Je lui fais comprendre que je suis attendu chez moi, et que j\'allais pas trainer, et j\'en profite pour dire que justement Ben allait me raccompagner vite fait, que j\'ai oublié un truc chez moi à lui donner. \"Pas longtemps les garçons, sinon vous allez vous faire tirer les oreilles par maman\". Elle dit ça dans un rire. Ca me fait un peu de peine qu\'une femme aussi gentille ne sache pas ce qui se trame dans l\'esprit de son fils et de son meilleur ami. Elle nous voit comme des anges que nous ne sommes pas. Ma mère sait une partie des choses, le mauvais coté du mauvais coté. On est en bas et il m\'amène dans la cave familiale qui est juste fermée par une barrière en bois pourri. Il referme derrière nous, et je ne vois pas vraiment pour quelle utilité. Il sort les feuilles et le bout, et commence de le cramer et de l\'éffriter entre ses doigts moites. Il me dit qu\'il faut se speeder. Il croit que je suis venu pour consumer notre shit acheté avec notre collectif de 5 personnes. Ca fait tomber la taffe à moins de 10 centimes, si mes calculs sont bons. _ c\'est pas pour ça que je suis venu, ou plutot pas que pour ça, faut que je te parle _ ben dis moi ce qui s\'est passé avec ta mère, elle a trouvé la tienne? _ la mienne quoi? _ ben ta pipe parce que peut etre c\'est la mienne, non c\'est pas ça? _ heu mec ma pipe c\'est exactement celle que tu as perdue, la tienne c\'est Der qui l\'a _ c\'est vrai? merde faudra que je la lui demande ce soir! donc si ma mère l\'a ben je peux dire que c\'est la tienne _ va te faire mec, tu me l\'as prise t\'assumes _ bon bon, on verra ça le moment venu ben alors c\'est quoi qui est si grave? J\'aurai voulu tout lui dire mais franchement la mes moyens je les ai perdus. En plus y\'aura pas le temps d\'entrer dans le détail, donc c\'est définitivement mort. J\'essaie de broder un truc mais ma bouche et mes machoires qui refusent de s\'ouvrir convenablement doivent trahir mon mensonge. _ ben elle m\'a pris la tête sur mes résultats scolaires, comme quoi je perds des places, et que je fais n\'importe quoi en ce moment. _ juste ça? t\'es un boss Dim ça existe pas les mauvais résultats pour toi! _ 5 en maths, 2 en chimie, 7 en français c\'est quoi? _ ben c\'est mes résultats, et ma mère me fait pas de scènes pour ça. La tienne est pas habituée c\'est tout. _ ouais ca doit etre ça, laisse moi un peu de taffes quand même, tu pompes comme un shadock!! _ t\'inquiètes je te laisse le toncar _ connard! Je le laisse la après avoir pris un peu de réconfort dans la fumée d\'une cave sordide. Ca doit être ça le truc le plus rassurant en ce moment.
Je suis rentré vite fait en ne prenant que très peu d'allégences pour saluer mon beau-père. Je m'asseois moi aussi autour de la table, et je me réjouis qu'il y ait aussi des frites ici au menu. J'en prends une pleine fournée dans mon assiette. Ma mère me dit que je peux aussi prendre un peu de coq. C'est vrai qu'il est bon celui qu'elle prépare, alors je prends une cuisse. Elle me demande si je me sens mieux pour demain aller en cours. Je lui fais savoir que oui, que de toutes façons je dois rendre un devoir. Apparemment pas au courant de mon absence, mon beau-père questionne ma mère sur les raisons, et pas moi directement. Elle répond simplement que je me sens pas bien en ce moment, avec un regard en coin...
Revenu dans ma chambre je sors ledit devoir plié entre dans mon classeur. C'est des maths, et ça me saoule vraiment de le faire maintenant, mais je me force.
Je dois aller en cours pas parce que ça me plaise énormément, mais ça me dérange moins que de rester ici. Je bacle vite fait mon DM, que je jette dans ma besace, et puis je m'allonge sur mon lit. Je mets le casque et me branche sur fun. Du bon vieux rock bien commercial me rentre dans les orifices auditifs, et me plongent bien malgré moi dans une léthargie latente.
Une seule image défile devant mes yeux. Une image qui m'obsède à tel point que cela devient obscène. Il est vrai que je ne pourrais jamais montrer autant d'amour les yeux ouverts. Ca déborderait tellement ça envahirait tout, et tous ces connards puceaux du lycée comme moi serait submergés, et même jusqu'à toutes ses poufs qui me méprisent serait englouties sous des flots d'amour. Personne ne serait épargné, tous ne seront comment nager dans les eaux troubles de l'amour. Ma naïade je la souverai, moi brandissant le drapeau de la vie sur mon radeau de fortune. Elle monterait avec moi et l'on mettrait le cap vers ce fleuve mongole qui porte si bien son nom. Tous les jours seront comme un 9 août.
Je rouvre les yeux conscient que ce rêve est purement vain et sacrément débile. Je scrute la pièce et vois les jazzmen gonflait leurs bouches sur la fresque des murs. Je cherche quelque chose pour me défouler. Pas question de prendre ma gratte sèche je foutrais un boucan du diable à une heure indue. D'ailleurs je sais même pas l'heure qu'il est. 22h13 me dit le réveil aux reflets verts. Encore une soirée à s'emmerder. Si au moins j'avais pu aller à la cave avec les autres, l'emmerdement eut été collectif. Mais j'ai même pas envie de ça ce soir. Je déplie le bras juste au dessous de la chaîne hifi, et je trouve vite la cassette que je cherche. Mon pote Olive me l'a faite. C'est un album des Melvins. Je la mets dans le lecteur, et la batterie de Hooch se met en route. J'esquisse un sourire. C'est ma musique de chambre en ce moment. Je commence de me trémousser sur mon lit et plusieurs fois je manque de me vautrer à terre. J'ai soudain envie d'une clope. Je lève ma besace à la recherche du paquet éventré que je garde pour plusieurs jours. Faudrait que je me refasse un peu de blé pour en racheter. L'argent de poche ça marche que chez ceux qui ont les deux parents en bonne position. Les miens sont fauchés comme les blés, alors pour m'en donner. Faudra que je vois ça demain. J'en ai une, je me lève d'un bond, et ouvre la fenêtre doucement. Je sais que ma mère est devant la télé, je me penche et le vide m'attire comme à chaque fois. Je passe une jambe puis l'autre. J'allume ma clope et contemple le spectacle du corons derrière chez moi. Des cheminées qui fument quand je tire ma première bouffée. Le mois de novembre est particulièrement rude cette année. Je toussote doucement. Je finis même pas la tige. Pourtant j'essaie durement de commencer à fumer, c'est plus dur que l'herbe pour moi. Je pense un moment vouloir atterrir en bas, faire le mur. Mais j'y renonce comme à chaque fois. Je me remets sous ma couette et le casque sur mes oreilles. C'est Lizzy dont on chante le désavoeu. Je souris surpris de ma bonne humeur. C'est si rare ces temps ci.
Pour se faire du fric vite fait, je connais qu'un seul moyen acceptable ici : se faire son petit commerce de sapes en tous genres. C'est florissant dans le quartier. J'ai vu des mecs rentrer à quinze dans une boutique de luxe, et au signal emporter chacun de pleines brassées de fringues. Ensuite il se dispersent dans l'avenue pour tous se retrouver dans le parking reculé où sont leurs caisses. La semaine d'après c'est le soldes avant l'heure. Y a aussi la technique initiée dès le collège ; lors des rencontres sportives de l'USEP, les mecs piquent dans les sacs de leurs adversaires pendant qu'ils jouent. Ainsi je me suis vu proposer plusieurs articles dégriffés, mais aucun ne m'allant (vu ma carrure non sportive), j'ai du y renoncer. Chez qui je vais c'est un business mieux structuré, mais aussi plus dangereux. Lui il se fait livré en direct de Anvers. On est jamais sur que la camelote est authentique, mais un croco se fait toujours bien vendre. Mon contact tient son échoppe dans le même bloc que moi, ce qui est très pratique pour les transactions. En poussant la porte de sa chambre, une odeur de patchouli ou je ne sais quoi s'échappe. Ca me donne un peu des hauts le coeur, vu que je n'y suis pas habitué. Mon gars se tient devant les mirroirs de sa garde robe, et ajuste ses fringues. Il doit sortir ce soir. Je le salue à la façon consacrée, poignée ferme et tape dans la paume, et il me demande comment je vais. Ai-je le droit de lui dire que ça ne va pas? Je ne le fais pas et lui demande la même chose. Il me dit qu'il est dans une bonne dynamique, et que "les plans meufs ça tourne en ce moment". Cause toujours mon gars. Il est vraiment sapé comme pour aller au défilé, et moi ça me défrise un peu avec mon style un peu clochard la.
Ce mec est le premier que j'ai connu en déménageant ici. En fait je l'ai connu au club de basket, où il officie comme remplaçant titulaire, même s'il est convaincu d'être le nouveau Jordan blanc. Les portraits de son idole trônent partout aux murs, même au plafond. Ca fait un peu ridicule, moi j'ai bien un poster de Zo' Mourning, mais il est grandeur réelle donc ça en jette plus. Je ne saurais comment le décrire. Il est plutôt grand (un peu moins que moi), blond avec des reflets de rouquin, la peau si blanche et si fine qu'on croirait pouvoir voir à travers, mais les boutons d'acnée nous font revenir brusquement à la réalité d'une couche épidermale. Il est aussi d'une maigreur presque éthiopienne, et je penserai franchement qu'on l'affame si je ne l'avais pas vu avaler les burgers à la façon d'un rescapé des camps de la mort.
C'est un mec trop différent de moi pour que je comprenne quelque chose à ses choix, mais aussi trop gentil pour que je ne l'aime pas comme un frère.
Il connait déja la réponse mais me propose quand même '"tu viens ce soir à l'ov avec Abdel et BizBiz, y'aura de la chaire fraiche en pagaille aieaieaie!!". Je lui fais savoir que je suis dead niveau argent. Mais il sait aussi que j'aime pas les bars ni les boites, que je veux pas qu'on m'y traine. Je suis bien sorti quelque fois avec des cousins, mais ça compte pas parce que ce n'était que pour vider des bières et reluquer les filles sans vouloir aucunement les toucher. C'est pas la même mentalité. Je le remercie quand même, et j'en profite pour lui demander comment va son affaire. "Très bien, justement j'ai eu un arrivage cette semaine tu veux jeter un oeil?". Il ouvre les battants de son armoire, et l'image un peu surfaite du gars qui veut se faire respectable fait place à une cargaison de cartons. Il en extrait des plastiques contenant chacun le fin du fin de ce que portent les petits branleurs du coin. Il y en de plusieurs tailles, de plusieurs marques. Il déchire un plastique de lacoste et en sort un polo blanc et vert. Il l'applique contre moi et dit "ca te va bien mon salaud, avec ça tu tombes les filles". La scène est plutôt marrante, le tee shirt tranche complétement avec mon gilet de laine troué à plusieurs endroits, et aussi avec mon jean bon marché troué lui aussi. Je lui dis que non, que j'aime pas trop Lacoste, alors pour ne pas perdre un client potentiel il extrait un Eden Park rose et bleu, ouah bonjour ma virilité consacrée par ma pilosité importante. Cette fois c'est lui qui dit "ah non c'est pas bon ça". Ils sont trois à quatre fois moins cher que dans le commerce "légal". 150 le Lacoste, 120 le Eden Park. C'est vrai qu'à ce prix la ça va s'arracher. En y réfléchissant je ne pourrais vraiment pas entreposer ça chez moi, parce que si sa mère est persona non grata dans sa piole, la mienne est une vraie fouine. Faut que je trouve quelque chose de plus petit, mais qui se vende quand même assez bien pour me faire de l'argent rapidement.
Je lui fais part de mes considérations techniques, et il se déclare vite l'homme de la situation. Il tire d'une des deux portes un petit carton que je n'avais évidemment pas vu. Il a le sourire assez réjoui du petit vendeur à qui on ne la fait pas. Il sait qu'il a tout ce que tu veux, et que le cas échéant il sait s'arranger. Il extirpe dudit carton une belle poignée de montres, à la vue desquelles je me sens soudain réjoui. Cet attirail fera amplement mon affaire. C'est petit, transportable, cachable, et surtout vendable à souhait, chez les jeunes qui veulent se mettre à l'heure de la mode. Il y a toujours la marque au croco, le CK Calvin Klein que personne ne connait vraiment, ya même du Ralph Lauren, et je me pose cette question existentielle : qui a vraiment envie de ressembler à un péteux qui joue au polo dans cette cité de merde? Eh bien vous seriez vraiment surpris que des amateurs il y en a à la pelle. Le monde est vraiment trop bizarre pour moi. On croirait les jeunes de téci doués pour les pelouses de golf. Dans la vie il faut bien apparaitre non pas comme on est mais comme on voudrait être. Et mon pote Mike l'a bien compris. Il fait le revendeur de grandes enseignes à domicile, évitant la TVA, et les commissions pour vente excédentaire. Il ne vend que quelques produits, et l'offre alléchante suffit très peu à une demande peu regardante de la variété. Son business est rôdé.
Mais je lui propose quand même mon service pour les couches nouvelles du lycée (lui est en première). Je lui fais comprendre que je peux toucher les secondes, marché qu'il ne peut prospecter avec efficacité.
Il accepte à hauteur de marge de 20% du bénef. C'est assez pour moi et le contrat sans papier se conclut aisément avec une tape de la main.
Me voila donc vendeur de montres, après mon petit succès dans la revente exclusive d'autoradio chourés, de ballons resquillés au stade, de clopes sous la veste venant des pays de l'est. Je sais m'improviser des carrières éphémères. Je fais un peu de l'interim chez les petits truands.
J'ai passé un weekend calamiteux pratiquement seul dans ma piole. Les autres étaient pas disponibles, Ben avec sa nouvelle copine (la fille d'un entrepreneur), Mike s'exerçant à ses nouvelles occupations commerciales et pseudo sentimentales. Et ce lundi c'est férié, c'est l'armistice 1918. J'ai pas envie de voir les commémorations à la télé, et il n'y a rien à faire aujourd'hui. Je passe donc en revue tous les bouquins que je possède, et c'est vite fait. J'en achète jamais parce que je suis toujours à court de fric, et mon petit commerce à moi doit commencer demain au lycée.
J'ai réussi à planquer les montres dans un carton, je les mettrai dans ma besace ce soir, quand les soupçons dormiront. Je déborde d'audace mais elle se mélange trop facilement à ma peur de tout. Dans ce cas bien précis j'ai surtout peur de décevoir ma mère. Elle a grand espoir pour moi. Je lui ai promis y à quelques années que je deviendrai architecte pour lui construire sa maison. C'est bien une promesse de sale gosse ça. C'est vraiment pas crédible, surtout quand on voit comment je dessine les plans de l'amour sur papier.
Parlons d'elle. Je l'ai seulement entraperçue au lycée vendredi. Elle ne m'a pas parlé et je n'ai rien fait pour. Elle est pas dans la même classe que moi. Avant le lycée j'ai eu la grande chance de toujours l'avoir avec moi, et je n'ai même pas essayer de lui dire quoi que ce soit sur ce que je pensais d'elle. Je me suis toujours dit que ce que je ressentais ça se voyait. Peut etre devrais-je le marquer sur un papier que je me collerais au front!
J'ai écrit beaucoup de petits poèmes pour elle mais qui ont toujours fini à la poubelle d'une année sur l'autre, quand on jette les affaires de la classe écoulée. Je n'arriverais jamais à lui dire, c'est bien ma veine d'avoir la timidité mal placée. Je suis ridicule et ça, ça se voit.
Pour lire je vais souvent à la médiathèque chercher quelques bouquins. Avec la musique c'est ce qui me prend le plus de mon temps. J'écris des fois aussi. J'ai toujours aimé ça, parce que finalement c'est le seul moyen d'établir une destinée pour les personnes. Dans la vie réelle on ne peut pas prendre une gomme pour effacer ce qui ne va pas. On ne peut pas raturer un passage pour mettre la situation à notre avantage. Je sais déja quel personnage je voudrais incarner dans mon livre. Alors au lieu d'écrire sur papier ce que je ne suis pas, je vais tacher de l'être dans la vraie vie. Et je crois que le tippex va fonctionner à plein régime.
Je me décide enfin de sortir de mon trou à rat. Les arbres se défeuillent de plus en plus, bientôt on verra complétement leurs os pendre comme de vulgaires membres décharnés. Ca me fait penser que Halloween était merdique encore cette année, en fait j'aime pas trop cette fête je sais jamais en quoi me déguiser pour faire vraiment peur. Je l'ai passé chez le cousin de Ben, et mis à part la vodka et les petits fours, y avait vraiment rien à se mettre sous la dents ou bien même encore sous l'oeil. Ces gamines du collège sont consternantes, même si en regardant un peu ce qu'elles font avec leur langue j'envie un peu les chanceux à qui elles roulent leurs pelles. Mais bon ça n'est pas si grave. Je me suis noyé dans la boisson plutôt que dans leurs yeux de biches pas très chastes.
J'ai l'idée d'aller rendre visite à Matthieu. Il habite au fond de la cité et par ce froid quasi hivernal, c'est une véritable gageure de faire autant d'effort pour voir un mec qui te laissera sur le pas de la porte, et l'écouter raconter n'importe quoi, te faisant comprendre que tu lui fais rater Buffy.
J'aime bien être en sa compagnie ça me permet carrément d'oublier le côté gravissime de la vie. J'en ai besoin. J'ai bien envie de lui tirer son livre de location qu'il n'a surement pas lu.
Je sonne et comme à l'habituée je vois apparaitre pâle et angoissé le visage de sa mère à la fenêtre du premier.
Sa baraque elle a 3 étages, et ils sont qu'à 4, alors qu'on pourrait y loger 2 ou 3 familles de plus qui s'entassent dans les clapiers alentours.
J'attends qu'il se pointe, je me réchauffe les bouts de doigts en claquant mes mains. Pas que je dise bravo à me laisser me transformer en glaçon. Ce sale petit enfoiré n'a aucune pitié.
Il pointe enfin le bout de son nez dehors ; il est vétu d'un tee shirt quelconque, au dessus d'un survétement adidas peau de peche. Il me serre la main de ses grands doigts difformes, tropgrand pour son corps si frêle et maladif.
Sa voix est un mélange savant d'Arthur, et de scoubidou je pense sur le moment. Ce mec m'exaspère au plus haut point mais il est mon ami depuis le collège.
Comme prévu il me demande ce que je fous ici. Comme j'ai pas trop de raisons d'être la j'enchaîne sur son bouquin. Il me dit que c'est un truc pas très intéressant, qu'il a pris pour se faire une idée. Il est plus BD lui.
Je lui demande quel en est le titre. Il marmonne un truc que j'ai du mal a entendre, et vu l'exaspération manifeste qu'il met à répéter le titre, j'ouvre grand mes oreilles. C'est un encore un titre farfelu. Je suis sur qu'il l'a pris rien que pour ça. L'écume des jours. On dirait un traîté métaphysique ou quelque chose dans le genre. Ca ne me plait pas trop à première écoute. Tu n'as pas un autre bouquin que je lui demande. Il me dit que non et que même s'il en avait un autre j'aurai déja tellement du mal à finir celui la que j'en voudrais pas d'autre. Le con. Le pire c'est qu'il m'oblige à le prendre et qu'en plus je dois aller le rendre pour vendredi parce que c'est le dernier jour. Finalement ça me parait pas dépourvu t'intérêt, ça me permettra d'en prendre un qui m'intéresse. Et de patienter ces quelques jours avec celui la.
Y' avait ce prof en sixième, c'était sa première année. Petites lunettes rondes, grand dadet un peu précieux pour nous autres gens de sous-classe. Il était sympa. Il nous a fait lire pleins de bouquins cette année la. J'avais pas trop envie au début, mais bon il fallait bien faire quelque chose pour s'en sortir. J'avais quasiment rien lu jusqu'alors. Peut-être feuilleté avec intérêt un bouquin qui dénonçait les exactions des conquistadors espagnols sur la nouvelle terre. C'était le maire qui nous l'avait donné pour récompenser notre passage au collège ! Comme si c'était un truc à marquer d'une pierre rouge, comme si nos ainés n'avaient pas réussi ce challenge. M'enfin le titre m'avait interpelé, j'y voyais une faute : « et l'Amérique découvrit Christophe Colomb ». C'était pas plutôt le contraire ? Moi j'avais déjà beaucoup rêvé des marins découvreurs de cette époque là, et je pensais pas que des découvertes comme celles la avaient pu retirer quelque chose à l'humanité. J'ai appris avec ce bouquin que ça avait retiré la vie à des millions d'indiens. Le choc. Mon cousin avait eu des maquettes des trois galions de Colomb, la Santa Maria, la Nina, et la Pinta. Je me souviens qu'il était hospitalisé quand il les as eu, en récompense à son courage. Il est resté un mois entier à ne pas manger, nourri par des perfs, tout ça parce qu'il avait des saignements des intestins. J'avais dit à ma tante pour la rassurer que lui au moins avait de la chance de n'avoir qu'un seul problème, même important, alors que moi j'en avais des tonnes, moins graves. Elle m'avait détruit le moral en me disant que mes problèmes étaient rien vis-à-vis de ce qu'avait son fils. N'empêche que gravité ou pas, ce que j'ai trouvé grave moi c'est que ses galions flamboyants ont fini leur vie non pas en rade de Brest mais sous la poussière de sa chambre si bien agencé pour un garçon seul !
Donc ce prof, monsieur Feuilledepin, m'a fait lire un livre que j'oublierai jamais je pense. Mon bel Oranger. L'histoire d'un petit brésilien qui subit les violences de son père, la misère de sa condition, mais qui rêve en secret de Maurice Chevalier (que vient il foutre là dedans ce chanteur français que je suis sur même ma mère ne connaît ni d'Eve ni D'Adam !), et protège son maigrelet petit arbre planté dans son jardin. J'en ai pleuré ! Si un livre était capable de me faire pleurer, alors un autre pouvait surement me faire rire, et puis un autre me mettre en colère, et il en va de même de toute la panoplie des autres sentiments humains. Pour un mec si solitaire et introverti que moi, forcément c'est intéressant de pouvoir avoir toutes les émotions d'un ado sans se confronter aux autres. J'en ai lu beaucoup jusque là, et toujours avec un plaisir renouvelé. J'aime ça. Ce nouveau livre que je tenais entre mes mains m'apporterait peut être une nouvelle expérience « inhumaine ». Je verrai bien.
C'est un beau vendredi de novembre, et comme quasi chaque jour je rejoins tout le monde sur le terrain délabré en face de chez Ben, pour imiter les prouesses de Canto mon idole. J'ai été un footballeur émérite durant mes deux semaines au sein du club de ma commune. J'étais coaché par Théo un ancien de grands clubs, qui voyait en moi un grand joueur, au moins par la taille. Il m'a mis aux tâches de confiance : remises en jeu, coups francs, corners. Je peux dire que j'allais devenir un bon petit soldat de foot. Mais voila un joueur doit toujours valider ses capacités chez le doc, véritable dépositaire de sésame pour éviter les accidents malheureux qui entachent la réputation d'un centre de formation. On ne peut pas laisser une personne faible atteindre son rêve. C'est partout pareil et à l'époque je ne le savais que très peu. Je passais tellement de temps sur un terrain que je faisais mes devoirs sans trop tarder rentré de l'école. Fouler la pelouse était pour moi une récompense pour le labeur de la journée de travail à horaires fixes qu'étaient pour moi l'école. Je faisais bien mon taff, et le réconfort c'était ma sueur. Je me suis pointé chez le médecin avec ma mère, conscient de la formalité administrative que ça représentait. C'était pour moi comme avoir les aides sociales pour ma mère. C'était obligatoire et permis.
Le doc m'a considéré et m'a demandé à quel poste je jouais. Je lui répondis avec entrain que je faisais partie de l'équipe première des poussins. Que j'étais le milieu central, que j'étais non seulement le plus grand de l'équipe, mais aussi le plus vaillant (je ne sais si je lui ai dit ça mais c'était ma pensée) Il m'a donné qu'une seule corvée à réaliser, vingt flexions que j'avais l'habitude de faire à l'entrainement. Il m'a mis un brassard que j'aurais pu prendre comme celui de capitaine (je pensais pouvoir l'être dans l'équipe). Il le gonfla comme gonfla ma fierté, comme il symbolisait par la couleur celui de mon équipe. Mon bras se sentit soudain sans vie, comme si on le figeait dans un étau. Je sentai mon coeur battre à rompre du fer dans une métallurgie, je sentais que la fin de l'examen approchait. Il tata mon pouls de son sthétoscope, il prit un regard assez inquiet, je me dis alors que son matériel avait vieilli, et il recommença l'opération. Serait ce un coeur de compét'? pourrais je réaliser le test cooper en moins de temps que mes petits camarades? Le doc devait recommencer l'opération pour s'assurer de cette performance quasi inégalée? Peut etre ai je pensé ça à ce moment la? J'avais tant d'espoir à ce moment la que tout me parut comme surréaliste quand il a dit que ce n'était pas bon, mais pas bon du tout. Il a annoncé deux chiffres, 20/11. Je ne savais alors à quoi cela correspondait. Et ma mère se chargea de lui demander.
Sa réponse fut immédiate et sans appel. Je souffrais d'une "hypertension" et peut etre même d'un "souffle au coeur". Etait ce cela qu'on annoncait aux joueurs d'exceptions? Qu'ils avaient un second souffle pour continuer un match éprouvant? Le doc dans son professionnalisme exacerbé nous dit tout simplement qu'il ne pouvait me laisser jouer au foot. Qu'il avait eu affaire à un jeune qui était mort de cela sur un terrain de foot. Qu'est ce que cela pouvait bien dire? Je n'étais jamais mort sur un terrain moi qui avais pratiqué pendant des années. Ma mère parut assez préoccupé par la situation que je ne calculai pas. Ces mots durs pour un sport si banal n'avaient aucun sens pour moi. J'ai vite compris qu'on me retirait le seul centre d'intérêt que j'avais jusqu'alors.
Le doc conseilla ma mère sur les démarches à suivre, et je fus vite transporté hors du terrain, pour les salles illuminées pleins d'appareillage. Ils m'ont scruté le thorax avec des petites ventouses, ils m'ont enduit la poitrine de gel et avec un bidule à infrasons d'après ce que j'avais compris, ils établirent que mon coeur était en parfait état. Alors quoi? Qu"est ce qu'il n'allait pas? J'ai été conduit avec une vitesse folle chez un autre médecin plus huppé, vu qu'il officiait à l'hôpital, qui fit comprendre à ma génitrice qu'elle "m'engraisser", qu'il ne fallait pas s'étonner de mon hypertension, mot que je ne comrpenais toujours pas, et qu'il fallait que je maigrisse à tout prix. Maigrir sans effort physique c'est comme nager avec un bras, c''est possible mais pas évident. A notre deuxième rendez vous ce même inquisiteur présenta ses excuses ne sachant pas que je ne possédais pas chez moi mon propre père. Tout se mélangea dans ma tête, mon père devint le coupable de tous mes maux, et je n'y avais même que très peu pensé à l'absence de cet homme...
Je fus déclaré inapte à tout sport, et je cultivais désormais le sport national des gens sans occupation particulière : la télé autour d'un paquet de chips. L'aventure de l'obésité ça marque un esprit. J'étais un handicapé condamné à ce que la graisse s'accumule sous ma peau, et je ne pouvais même pas changer le cours des choses.
Le déménagement quelques années après faisait figure pour moi de nouveau départ. Tout allait changer maintenant, et c'est ce que je fis au niveau du football. Mon beau-père jouait comme ailier gauche, et je dois reconnaitre que c'est lui qui m'a redonné envie de la balle. Mais entartré depuis quatre années dans l'inactivité sportive, j'ai eu du mal à m'y remettre. En premiers lieux j'ai officié régulièrement comme gardien pendant les cours d'EPS du collège. Ce poste m'allait parfaitement. Je n'avais pas à faire de gros efforts, et le prof était lui aussi très satisfait que je n'ai pas de malaise sous sa responsabilité. Une seconde personne m'a remis au foot. Il s'appelait Seb et était lui aussi en cinquième, mais dans une autre classe. Comme moi c'était son sport favori. Et ce petit détail pour beaucoup permit de nous rapprocher l'un de l'autre. J'avais entendu parler de son équipe. Ils jouaient tous à côté de chez eux, à côté du collège en fait, et c'était bien pratique d'aller jouer après 15h30. Il m'a dit qu'ils avaient besoin d'un gardien pour des rencontres avec d'autres équipes du quartier. C'est comme ça que j'intégrais finalement leurs rangs, et passais toutes mes après midi ou presque à m'entrainer avec eux.
Seb me surprenait beaucoup par son "professionnalisme" il ne laissait rien au hasard avec son sport. Quand ça n'allait pas il le faisait comprendre par force cris et mécontentements que les voisins ont du subir à chacune de nos parties. Il était pour moi un mélange d'Olivier Aton et de Mark Landers, c'était un leader né. Il m'a remis dans les mains toute possibilité de faire quelque chose avec mon corps qui, la puberté aidant, me paraissait indigne de faire quoique ce soit. Je lui dois beaucoup pour ça. On a passé deux belles années comme cela, jusqu'à la fin du collège, qui marqua aussi, hélas, la fin de nos illusions.
La sonnerie du lycée retentit et je suis encore à la bourre, je claque la porte de mon entrée et mets mon manteau à la va-vite. Ya déja plus personne devant la grille principale, moi je me faufile discretos par l'entrée des profs, entre les voitures plus ou moins luxueuses (une toyota Celica rouge attire mon attention). Je sais même plus quel cours j'ai, mais je sais que c'est des sciences donc je traverse la cour à vive allure pour gagner le bâtiment scientifique. Je crois que c'est SVT je monte donc jusque la classe correspondante, et je suis à demi soulagé de voir entrer Céline dans celle-ci. Elle me fait un petit sourire que je rends aimablement comme à mon habitude. J'ai la facheuse tendance d'apparaître comme l'ami des filles, donc j'ai quelques obligations du fait de mon statut.
Je pose ma besace sur ma chaise, et serre la main à Johan et aux autres gars qui m'entourent. Jo me demande pourquoi j'étais pas la vendredi. J'élude la question rapidement en sortant les montres que j'ai récupérées de Mike. Autant ne pas perdre de temps. Il en prend une, la regarde sous tous les angles, me la remet et me dit "c'est de la camelote ça". Je lui sers un rictus d'énervement et lui dit "t'y connais rien mec!". Il a pas le temps de répliquer que le prof nous rappelle déja à l'ordre. Je jette les montres dans mon sac et m'asseois. Cela va durer 2h, et je crois que je vais me tenir à carreau et lézarder sur ma table durant ce temps, malgré le soleil qui tarde à percer!
10h. C'est la récré. Les élèves se meuvent par paquets tout autour de la cour. Les bancs sont pris d'assaut. Mais il en reste toujours un de libre, le notre, le plus pourave du lycée, mais au moins on n'a pas besoin de réservation pour celui-ci. De la on peut scruter tout ce qu'il se passe dans la cour, les va et vient, les roulages de pelles, les mecs qui se planquent à moitié pour fumer, les filles qui déambulent comme sur un podium, présentant les nouvelles collections de l'hiver à leurs amies. Les nazes de notre genre parler de je sais pas quel nouveau jeu PS... Jo me demande de resortir ma "camelote" pour les autres. Ce que j'exécute en bon vendeur que je pense être. Ils en passent à leur poignet, et me demandent combien je les fais. Ils ne sont pas comme Jo. Ils s'en foutent de savoir si c'est de la contrefaçon ou pas. Tout ce qui les intéresse c'est de les avoir au meilleur prix pour pouvoir peut être les refourger à prix d'or eux mêmes! 50 francs je leur dis. Ils me regardent en rigolant chichement. Quoi c'est trop cher? Dans le commerce, je leur dis, vous les auriez à 350! Ils me font la moue, essayent de négocier à 20 balles la montre. Ils sont pas bien. Comment je me fais la marge moi? J'annonce quarante dernier prix. Jo ne participe pas à la transaction, il reste la à scruter. Ils invoquent le fait que ce sont des potes, que je peux pas leur faire le même prix qu'aux autres. 40 c'est pas le même prix que pour les autres! Finalement j'en vends 3 à 35, payables dans la semaine, mais je sais pertinemment que je ne pourrai pas voir la couleur de l'argent avant la semaine prochaine au bas mot. Fait chier! On parle d'autre chose. Notre sujet de prédilection c'est le foot. On commente les résultats du weekend, que je ne connais même pas, parce que je n'ai pas regardé ni télé foot, ni l'équipe du dimanche. Et puis ça ne m'intéresse pas vraiment donc je jette mon regard et ma concentration ailleurs. Je scanne la cour à la recherche d'elle, mais je ne la vois pas. Je connais mieux son emploi du temps que le mien, et un petit effort de mémoire me fait rappeler qu'elle a sport à 10h, donc pas la peine de la chercher dans la cour, elle est surement devant le gymnase. Je suis pétrifié à l'idée de m'aventurer par la, elle va savoir que je la guette, que je suis comme un paparazzi à l'affut du moindre de ses gestes, ce qui me fait un peu peur. Je ravale ça et essaie de fixer quelqu'un. C'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour ne plus penser à elle quand cela arrive.
Ce soir je reprends l'écume des jours, et je dois dire que contre toute attente, il me plait bien ce bouquin ; l'auteur devait être frappadingue pour écrire ça juste après la seconde guerre mondiale, et les procès des nazis. Quand le monde découvrit avec étonnement (le mot est peut être inapproprié) que des tonnes de juifs et autres tziganes, homos, résistants, communistes (bien fait pour leur gueule dirent les amerloques) et autres handicapés ont servi à fabriquer des abat-jour (pas dans des fabriques mais avec leur propre peau!), des comme tout l'occident se féliciterait d'avoir avec tout l'attirail moderne qui va avec pendant les trente années qui suivirent. Quand le monde découvrit avec horreur qu'on a laissé faire pire que le génocide arménien. C'est fort de penser qu'un gars d'une vingtaine d'années pense plus à s'amuser dans des surprise-parties qu'à repeupler la France (enfin ça peut aller de paire). Je m'identifie assez mal aux personnages richement dotés, mais la pudeur de Colin ne cesse de me renvoyer à ma propre pudeur, à mon malaise devant la personne que j'aime, l'objet de mon désir le plus inavouable. Je suis une sorte de Colin pané, et ma panure est faite des guenilles du prolétariat. Aussi nommerai-je désormais ma bien-aimée Chloé, comme dans le livre. Espérons qu'elle ne souffre pas du même mal, moi qui ne pourrai jamais acheter assez de fleurs!
Ben me jette un peu de ma torpeur quand il entre dans ma chambre. « Toujours à bouquiner des trucs incompréhensible toi, et les mangas tu les as lu? » Je lui réponds par la négative, et il fronce les sourcils « C'est que ce n'est pas mon truc, tu vois je ne suis pas dans le trip cyber! » Il pouffe de rire, me dit qu'il n'y a pas que du « cyber » dans cet art, qu'on peut avoir des mangas « sociaux », « lla société japonaise n'est pas à proprement parler similaire à la notre ». « rien à foutre, maintenant t'enfiles une veste j'ai un truc à te montrer ».
Je dis à ma mère que j'arrive, et elle n'y prête pas d'attention, plongé qu'elle est sur son repassage, mais je sais que paradoxalement elle me laisse toujours traîner les rues avec Ben, même jusque tard, elle pense qu'on ne fait rien de mal, c'est dans la plupart des cas vrai, mais ce soir j'ai l'impression que ce ne sera pas pareil. Ben a le regard qui en dit long, de celui qui dit « eh mec ce soir je vais encore t'apprendre un truc ».
Y a un truc qu'il faut savoir, Ben est dans la bande des casquettes blanches, et c'est justement trouvé puisqu'ils en ont tous une. Trois de ces mecs nous attendent au coin du bloc, et pressent le pas quand nous apparaissons. « Dépêche » dit l'un d'eux à l'attention de Ben, et je reconnais Nono dans sa voiture qui nous attend. « On va pas pouvoir monté tous dans cette bagnole? »je lance quand cet enfant de putain de Greg ouvre la porte « t'es pas indispensable gros » il me dit, dédaignant. Entre mes dents je lache un « je vais me le faire cet enculé ». Ben me contient « il vient avec nous, ok? » Ils montent tous, et me laisse la place de devant, plus pour qu'il aient plus de place derrière que pour mon assise. « On va où? ». C'est Nono qui me répond avec son sourire en coin sous ses joues énormes « Ce soir tu vas savoir ce qu'est de pomper à te faire éclater les poumons ». Merde dans quoi je m'embarque? J'ai entendu dire qu'ils fumaient pas que du naturel. J'ai toujours apprécié la fumette, et ce depuis le début, sauf le premier jour, mais fumer des saloperies chimiques très peu pour moi! La première fois que j'ai pris une taffe, je me suis senti rougir de partout tellement j'ai eu chaud. C'était à une petite fête que le polak donnait chez sa soeur, enfin il avait la maison de sa soeur pour le weekend et en passant à côté de la fenêtre du salon, je l'ai entendu avec deux potes se marrait la gueule, que je me suis senti obligé de les rejoindre. J'ai gueulé à la fenêtre un truc, je ne sais plus quoi, et ils ont flippé grave, l'un d'eux s'est quand même approché de la vitre, et en me voyant il a retrouvé des couleurs. Quand je suis rentré j'ai halluciné sur ce qu'ils mangeaient les porcs! Des sandwiches nutella pâté cornichons, à gerber, et j'ai tout de suite penser à la vodka sur la table. Mais quand ils m'ont proposé de tirer sur leur drôle de roulée, j'ai refusé. Influençable comme je devais l'être à l'époque j'ai fini par accepter (sans trop de mal) et tirer sur mon premier joint a du être quelque chose de marquant, puisqu'ils ont tous ri à gorge déployée, tellement j'ai blanchi puis rougi après. Terrible sensation pas de planage comme on me l'avait dit, mais de relachement, c'est ce qu'a du penser ma mère quand je suis rentré à la maison où elle donnait à diner à sa collègue de boulot. Marquant je vous dis.
On quitte la cité et je vois qu'on s'engage dans les champs, sur la départementale, et je me dis soudain qu'on est pas revenus de sitôt. « Eh Ben l'autre jour on y est allé à quatre sur Michal, on lui a pêté le cul ». Ben regarde l'enculé qui a dit ça, avec un oeil intéressé mais un rictus de dégoût « non mais les mecs, z'en avait pas marre de toujours monté cette salope, elle prend n'importe quelle bite, et vous vous y allez sans vous poser la i est pa.sé juste avant? » Le mec s'esclaffe « un vide couille cette gonzesse! Pourquoi on se poserait une question? » j'avais déjà entendu la légende de cette fille qui sucait pour une clope dans la voyette derrière le collège, mais de celle qui autorisait les tournantes, jamais « eh gros ça te dirait qu'on te dépucelle? » toujours le même connard! « qu'est-ce que t'en sais si je suis puceau toi! » « putain y'à qu'à te regarder! » « je t'emmerde sale fiote » « arrêtez vous deux » dit Ben d'une voix autoritaire. De toutes façons on semble être arrivés à destination, Nono se range sur le bas côté d'une rue de la ville d'à côté, en fait aux abords de la zone industrielle, et je comprends ce qu'on va y faire : siphonner les poids lourds! Le gasoil à 3,70 francs n'est pas onéreux, je ne sais pas ce qu'ils vont en faire. C'est nono qui m'éclaire « tu vois, v'la ce qu'on va pomper, et ça rapporte crois-moi » « à qui tu revends ça? » « ben à tout le monde! Avec 6000 balles par mois, les mecs veulent bien mettre 2 fr le litre de gasoil, livré à domicile bien sur.
En sortant de la voiture, je regarde de chaque côté de la rue. Vide, complétement. Les mecs prennent dans le coffre 4 jerricans et 4 tuyaux. Ben en prend un de chaque, et m'attire sur le côté. « Bon voilà, je vais pomper, toi tu regardes si personne ne vient, et quand j'aurais plus de souffle on alterne, ok? » « ouais mais moi j'y gagne quoi? » « t'auras ta part t'inquiètes ». Je le sens pas le truc, mais je le suis quand même, toujours sur mes gardes, jusqu'à un bahut en plein milieu du parking « c'est pas gardé? A bien un maître chien mais il est pas toujours la ». drôle de réponse! « y'a ou y'a pas? » « arrête de stresser on sait qu'il n'est pas la » « et comment tu sais ça toi? » « ben il est toujours dans la bicoque la bas! » me dit-il en pointant un préfabriqué au bout du parking « tu vois de la lumière? » « non » « ben c'est qu'il est pas la » « c'est débile! Si il veut coincer les gars il allume pas la lumière! » « mais ils savent pas qu'on les vole!! » « comment c'est possible? « on prend 40 litres dans 4 camions, sachant qu'il y a 300 litres par réservoir, c'est pas une grande quantité » « c'est pas con » « qu'est-ce que tu crois! Allez on y va les autres ont déjà commencé! » effectivement je vois Nono qui aspire de toutes ses forces 50 mètres plus loin. Et avant que j'ajoute quoi que ce soit, Ben fait la même chose. Il devient vite tout rouge, et d'un coup il baisse le tuyau vers le jerrican « regarde bien » je ne sais pas si ça signifie de faire gaffe alentours,ou alors regarder la technique. Un liquide jaunâtre dans la paleur des lampadaires s'écoule doucement du tuyau « à ce train la demain on y est encore! » je lui dis « mais c'est bien pour ça qu'il faut recommencer plusieurs fois! Vas y à toi » avec répulsion je m'exécute, et il devient vite évident que je n'ai pas de souffle « faut pas t'arrêter en chemin! Laisse moi faire » Et en moins d'une minute une deuxième rasade descend du tuyau. « Surveille je vais finir ». Je me concentre sur ma tache avec application, et je me fie à mon sens le plus aiguisé, l'ouie. Outre les bruits de succion, et les commentaires de l'enculé, je n'entends rien. Je me sens attiré par la bicoque, quelque chose me fait dire que je peux voir deux yeux rouges à travers la vitre, comme dans les films. Je m'avance toujours aux aguêts, sachant que de toutes façons je ne suis coupable de rien, enfin complice oui! Oh merde. Toujours aucun bruits je me dis qu'au moins j'entendrais le bruit rauque des veilleurs endormis. Mais rien. Je me tourne vers les autres, et déjà je vois Nono revenir à la voiture avec son bidon. Je tourne les talons, conscient qu'il n'y en a plus pour très longtemps, quand derrièere moi à ce que je considèyre comme quelques centimètres j'entends un grognement. Je fais volte-face plus vite que dans les films cette fois-ci, et je ne vois rien. Deuxième grognement suivi d'un aboiement. Putain le clébard est dans la guerite, mais le gardien? Pas le temps de juger la situation, de savoir si la lumière derrière moi s'allume, je zigzague entre les camions pour, je le pense vraiment à ce moment, éviter d'être vu! Quelle connerie! Je passe devant l'enculé, et j'ai pas envie de le prévenir en premier, et finalement je retrouve Ben « t'étais où bordel? » « Ben faut lever le camp!!! » « qu'est-ce que tu racontes? » il voit pas que mes guiboles tremblent d'un façon grotesque! « faut se tirer y'a un gardien dans le préfab » « quoi??? il est sorti? » « j'en sais rien, j'ai entendu le chien aboyé!! » « ok on y va!! » il se lève d'un bond, et gueule aux autres : « on taille » il aurait pu être plus discret, mais bon si le maître chien est réveillé, il nous a grillés de toutes les manières. « va à la voiture » je prends mes jambes à mon cou, je crois que j'ai jamais couru aussi vite, moi qui n'ai jamais participé à un cross au collège! Nono m'ouvre la porte, et me demande ce qu'il se passe « ouvre le coffre, faut se speeder! Le gardien nous a repéré! » « merde » il se précipite, enfin son idée pas son corps flasque, et ouvre son haillon. Deux mecs reviennent dare-dare au coffre, et saute dans la bagnole « et Ben il est où? » je demande « il arrive, il s'est planqué quand il a vu un faisceau derrière le camion » Nono se met au volant, et attend pour démarrer « tout le monde baissez vous bordel! » on s'éxécute et je vois pas ce que ça change! « ces cons vont revenir avec leurs bidons, zont qu'à les laisser la-bas et revenir!! » pour une fois, ce con de kevin n'a pas tort! « ben de toutes façons s'il lâche le chien ils sont foutus! » soudain on entend taper sur la vitre, et je dois dire que mon coeur a du s'arrêter à ce moment la! On ouvre la portière brusquement et en me retournant je constate avec bonheur que c'est l'enculé (je pensais jamais ressentir ça pour lui!). « démarre, démarre!!!! » « et Ben? Il est où??? » dit Nono « on s'en fout, il aura jamais le temps d'arriver, il va se faire choper!! » « vas-y on peut pas le laisser comme ça!!! » « ouais il va se faire déchiqueter par le molosse » je dis « il va surtout nous balancer!!! » je me retourne ventre contre le siège et avant que j'ai pu laisser mon poing partir, nono démarre en trombe, je bascule contre le tableau de bord, et on n'a pas fait 5 mètre qu'un crissement se fait entendre sur ma portière, suivi de plusieurs aboiements « ce foutu chien va pas nous lacher » en regardant en arrière, je vois la lampe du gardien qui essaie de voir notre plaque mais à cette distance ça paraît difficile. « si le chien est la c'est qu'il a pas trouvé Ben» l'intelligence du mal est lucide quand même! Nono claque un frein à main pour bifurquer sur la départementale, et pensant qu'on était hors de danger, d'un coup on voit une silhouette devant nous . Nono pile sévère, et l'effort que je viens de faire pour me rétablir sur le siège fut vain, quand je me prends la gueule contre la boîte à gant. Quand je relève ma tête endolorie, je distingue dans la phare la silhouette frêle de mon pote, avec à ses pieds son bidon. « l'enfoiré de couillu il a réussi ! » dit Nono « salut les gars » crie Ben en montant tranquillement dans la caisse. «merde on pensait que tu t'étais fait serrer!! » « c'est mal me connaître!! » « il t'a vu? » « non » « il a vu la caisse c'est pareil! Je crois pas qu'il se souvienne de quoi que ce soit quand il stressera pour trouver à éteindre le feu!! » nous sort Ben comme si c'était évident. Devant notre incompréhension il prend soin de rajouter « j'ai foutu le feu au bidon qui restait! »
Devant chez moi, tout le monde se serre la main, et j'entends l'enculé dire à la cantonnade « en tous cas t'as assuré gros ce soir pour ton baptême, sans toi on était foutu!! » « Ouais je pense que demain tu pourras revenir » rajoute Nono « demain? Vous allez y retourner? » « oh pas la bas, mais tu sais y'en a beaucoup des transporteurs, et y'a beaucoup de clients à fournir ici ». J'en reviens pas! « Ouais tu seras notre sentinelle, mec, de toutes faons t'as pas assez de coffre pour pomper » ça c'est Ben au pragmatisme tout anglais!
En s'éloignant des autres, Ben me tend un sachant « tiens tu l'as bien méritée » je regarde le sachet contenant bien 20g de beuh. « ben quoi? Tu pensais faire quoi de tes biffetons? » La-dessus, il n'a pas tout à fait tort...
Qu'est ce que je vais bien pouvoir lui dire, je ne sais pas parler quand ma gorge se serre. Avec mes potes j'arrive à avoir de la répartie, de l'esprit, j'arrive toujours à trouver un sujet de conversation, mais devant elle je suis muet. De la timidité? Je ne sais pas ce que ça veut dire. Je ne veux pas en parler à un tiers, que me diraient les gens? De foncer, de dire tout ce que je pense d'elle? Imaginez un peu que je doive lui dire que dans mes nuits je ne pense qu'à elle, et que le matin mon calbut est collé, non pas ça, mais quand je la vois dans la cour mon coeur se serre, que je ne vois plus qu'elle, je lui parle quand je suis seul, que je tape ma tête dans le mur quand je la vois parler à un autre, que j'écraserai ce type comme une vulgaire mouche, peut être suis-je un psychopathe qui s'ignore.
L'autre fois quand j'ai enjambé ma fenêtre, j'ai tout de suite pensé à elle, à ce que l'on ne vivra jamais, et c'est peut être cela qui m'a fait retomber sur mon lit. L'amour n'est peut être pas fait pour moi, au fond il y a des tas de choses où des tas de gens ne sont pas bons. Je suis nul en gym, pourquoi pas en drague. Enfin c'est plus que ça, je suis nul en rapport amoureux, je me comporte comme un vrai gamin. Je me souviens quand j'étais en primaire, ça me paraissait si simple, je plaisais aux filles, elles aimaient ma gentillesse, ma galanterie, mon absence d'intérêt à leur endroit (croyaient-elles!) et quand elle a demandé si je voulais sortir avec elle (sortir est un mot galvaudé à 10 ans), j' ai refusé pour la simple raison que deux mecs avaient refusé avant moi, et qu'être le troisième dans son coeur était pour moi un échec.
Je vais chez Olive après les cours, je lui donne des cours de maths (enfin je fais ses DM) et en échange il me fait des K7 des groupes qu'on adore. Sa petite soeur m'ouvre la porte, avec son grand sourire édenté (période pré-pubère) elle me fait rentrer. Je crois qu'elle a le béguin pour moi, c'est bien ma veine. Sa mère me demande si ça va les cours, je lui réponds par l'affirmative, que puis-je dire d'autre? Non madame La Claire je m'emmerde sec et je ne rêve que d'une chose, me défoncer avec votre fils tout en écoutant du grunge. Son père est bizarre avec moi, il me regarde avec des yeux pieux, comme s'il voyait le messie, mais il refuse d'admettre que son fils est autre chose. Je monte enfin dans la chambre d'Olive après une procession qui n'en finissait pas, et je le vois rétalé dans son fauteuil, à matter je ne sais quoi à la TV, qu'il arrête quand la porte s'ouvre. Il doit avoir quelque chose à cacher. Quand il voit que c'est moi il rezappe, et je vois une grande blonde à l'écran, qui enlève ce qu'on ose appeler un bikini, et gros plan sur ses ronds de silicone, qu'une main vient prendre, et on la voit s'accroupir, retirer ce qu'on peut appeler un pénis (je me demande si cette taille est réelle!) du boxer du type, et elle fait quoi la? Entièerement dans la bouche! J'avoue que cela à la fois me choque, et à la fois m'excite, et c'est à ce moment la que je me tourne vers Olive, et vu la bosse sous son short, on voit bien qu'il n'est pas choqué lui. Il a un petit rire, et souffle un « génial », qui me laisse sans voix. Il éteint la Tv saute d'un bond du fauteuil, et me tape sur l'épaule « t'en verras d'autre mec ». j'espère bien, mais en vrai ce serait mieux. Que croit-il? J'en ai déjà vu des films X, même si je suis plus habitué aux films de M6 dimanche soir. Sans TV dans ma chambre c'est galère de faire la « porte », de marcher en faisant bien attention de réveiller personne, tout ça pour voir des vieilles filles se faire tripoter par des riches pervers avide de tromper leur rombière, et se finir dans un sopalin sans atteindre le nirvana. Mon royaume pour une télé et magnétoscope dans ma chambrée! Je le fais comme ça, mais surtout en pensant à elle dans mon lit le soir quand les soupçons dorment.
Ben se sert d'une vaginette quand il est en manque de chair fraiche. Pitoyable. Mike je ne sais pas pour Mike, je pense qu'il s'astique devant sa glace et son corps d'albâtre... d'albatros.
Olive me dit que jeudi soir il va au Carnaby, et mon premier réflexe et de lui demander comment il va faire. Il me dit que ses vieux pioncent à 21h, et qu'en conséquence il sortira une demi-heure plus tard, qu'un mec le prendra en voiture. Il me demande si je veux venir, je lui réponds illico que ma mère à moi vieille jusque 1h du mat'. Dommage qu'il dit, on se serait marrer, y'a du bon rock, de la bonne bière, et que l'autre soir une fille l'a sucé dans les chiottes. A ce moment la je me dit qu'il regarde trop de films. Comme pour me consoler il cale une K7 des Stooges, « Tv eye » gueule à nos oreilles et l'on pogote comme des malades juste le temps d'attendre que ses parents débarquent. Pour la pipe je peux repasser.
Merci Mehdi, ton commentaire me va droit au coeur, mais il ne faut quand même pas exagérer!!! Car l' Orgueilleuse que je suis risque de te croire sur parole.
En tout cas, je sais que Toi, tu as une plume différente. Et promis, dès que j'ai un peu de temps, je viens m'attarder sur ta page. A bientôt c'est promis, Rosi
GaspardLaNuit, artiste dans l'univers musique de SFR est finaliste pour les francofolies!!! Soutenez-le comme il se doit en votant pour lui à l'adresse suivante : http://musique.sfrjeunestalents.fr/?f=1
Merci pour lui...