Il avait le visage de l'Inconnu. Sans nom, L'un de ceux qui se sont perdus à force de soupirs. Je l'ai connu errant sur les bords de l'Islande.
M'a-t-il trouvée étrange A le chercher toujours, A le fuir sans cesse ? Brisée comme un vase vide, Répandue que j'étais sur le sol de Finlande.
L'ai-je trouvé Au hasard de mes petites morts, Alors que je cherchais la branche où deux fruits peuvent ensemble pousser A travers les neiges ?
Le silence s'attache à mes vers synthétiques… Sombre sens inversé de mes désespérances… Le silence est bien plus, à mes yeux hérétiques, Que vos chastes paroles pleines de bon sens…
Le silence suffit à creuser les absences… Il comble sans excès le vide en vos promesses… Que le silence soit, pour que demeure immense Cet espace ou laisser reposer vos faiblesses…
S'il se glisse parfois sur une page blanche, Il vous fait vous répandre en mille éclats de mots… S'il se brise parfois comme cède une branche, Vous perdez le secret qui conservait vos maux.
L'encens de mon enfance il plane ces jours-ci, L'humide et brun parfum de la maison natale La calme odeur de pluie de ces jours sans magie Passés à refouler ses blessures. Foetal.
L'odeur des feuilles rouges qu'on appelle « mortes », Qu'on regarde tomber dans les bras des rafales, Dont on fait des tableaux qu'on accroche à sa porte, Quand on est un enfant qui veut cacher son mal.
L'odeur des mêmes feuilles qu'on brûle au jardin. La fumée jaillissant de l'automne assourdi, Chape de souvenirs qu'on a souvent éteints Sans jamais faire taire les braises enfouies.
Il se fond dans son souffle en nocturne chasseur. Elle a les mains si froides lorsqu'il est contre elle, Que les siennes s'oublient à rechercher son cœur, Qu'il offre des soupirs à son ombre charnelle.
Sa gorge est une voile qui gonfle et se tend Chargée d'inhibitions qu'elle donne quand même Et les bras déchirés autour de son amant Elle abandonne aux draps le passé, les œdèmes.
Il cherche dans les plis où se replie son corps, Il se demande alors comment l'aimer de près. L'aimer d'un peu plus près sans l'outrager encore, L'aimer d'un peu plus près sans la blesser jamais.
Elle a les mains si froides lorsqu'il est contre elle. La tache qu'il découvre alors qu'elle se voile Hésite et se dérobe à la noirceur du ciel Demi-nue qu'elle était sous son unique étoile.
Toi qui t'endors, frileuse et frêle, Allongée nue sur la Finlande, La main feutrée, poudreuse et belle, Voûtées dessus la blanche lande, Es-tu Espoir ou Cruauté, Nouvel Hiver immaculé ?
Habile habit de cieux pâlis Idylle entre terre et silence. Lumière, calme et sombres nuits, Tant de beauté pour tant d'absence. Idylle entre ciel et passion, Jours écourtés au fond d'un Rêve Al'aube des désillusions. Tant de beauté pour une trêve… Aurore blanche aux bois dormant Ruinée sous les pas des passants.
Un ruban se déroule de la source du mutisme à la source de la vie. Les minutes suivent la ligne, le temps se courbe. Il est, au creux du silence, un temple jamais profané où une vestale attend, entretenant son feu. Demain ouvre la porte scellée. Sur son seuil, Il reçoit le si précieux don d'Hier. Un voile se déchire. Puis s'embrase. Le vent souffle alors, ample, insistant, saccadé, cadencé. L'horizon se renverse, incontrôlable. La nuit jette ses étoiles à l'intérieur. Le ruban s'enroule de la source de la vie à la source du mutisme. Les souffles s'évanouissent, relâchent leur étreinte, s'endorment. Demain reviendra demain.
Paris un soir, un goût de larmes Les poings liés, Le front plissé dans le vacarme, Et le passé.
Les poings liés, les nœuds serrés, Les vers barrés, Les nuits, la voûte lacérée, Et le passé.
Les vers barrés, les pages blanches, Les mots tués, Les murs griffés, les avalanches Et le passé…
Les mots tués, salis, bafoués, Les poings liés, Le jours que l'on veut oublier, Les vers barrés,
Et puis les gens, et puis le bruit, Le bruit Et puis les cris qu'on entend pas Les cris Et le présent, et le passé Et le passé, et le passé Et le passé…
Il paraît que là-bas le monde se déverse Et que les chœurs de l'eau jouent un hymne à l'oubli, Qu'en regardant les cieux, les esprits se renversent, Qu'ils y sont apaisés, tristes, faibles, petits…
Il paraît que là-bas le monde se déverse Et tombe dans les eaux sombres de la mémoire, Que de vieux souvenirs, en éternelle averse, Chutent sur le rêveur suspendu à l'espoir…
Il paraît que là-bas le monde se déverse, Que les cris se dissipent à peine poussés, Que des hommes brisés toutes leurs larmes versent, Que des veuves y meurent recroquevillées…
Il paraît que là-bas le monde se déverse, Les poètes, la nuit, sèment leur plus beaux vers Des amants font l'amour et quelque mères bercent Des enfants endormis au pied l'univers.
Une tache dans ta tête Sur ma peau, celle que j'arrache Sur ma vie, celle que tu gâches Une tache dans ma tête S'insinue et se cache Tu me prends et me recraches Je chéri cet acier Car il glisse et me détache
Une tache sur mes mots Pour étouffer l'affaire Une tache dans mes nuits Pour les rendre plus noires Une tache dans la sang Pour détruire ma mère
Une tache sur l'enfant Le corps lâche Le cœur que tu encrasses Sans relâche
J'attends le clair de lune au bord de ton abîme… Tu t'injectes la nuit mais les miennes sont blanches. Tu es une ombre au mur, un rêve blême, infime, Un cri que tu étouffes en remontant ta manche…
Dans ton coin de sofa, jazz, ivresse, herbe et femmes, L'horizon, cette nuit, est rempli de caresses. Et dans mon coin de froid, la seringue dans l'âme, Je me revêts du deuil et pleure ta jeunesse.
L'horizon, cette fois, s'égare pour mourir. Je crache ton baiser tant ton haleine est noire. Oublie-toi, oublie-moi, oublie comment souffrir, Crève dans ton extase au milieu du trottoir.
Depuis que sont ouverts les battants des fenêtres Que tu m'offres la vue sur les neiges d'Islande Depuis que de ta chambre on aperçoit la lande Où nous pourrons demain égarer nos deux êtres
Depuis que la parole, inutile, s'annule Et que lekaamostend ses bras de lumière Que tu pointes le Nord comme opposé d'Hier Que tes yeux sont aurore ainsi que crépuscule
Les terreurs ont fini leurs jours six pieds sous terre Terrassées par l'amour que tu mêles aux caresses Les rêves ont revêtu les couleurs de l'Hiver Quand tes mains m'ont vêtues de nocturnes tendresses…
J'ai mal entre les côtes autant qu'entre les cuisses. Elle enfle, la douleur, telle une paupière. Les jambes se replient sur mon ventre au supplice. J'ai mal de tes « pardon », j'ai mal de mes prières.
J'ai mal dans tes cheveux comme dans l'oreiller. Elle enfle, la douleur, rature sur un rêve Qui glisse de tes yeux à mes lèvres crispées. J'ai mal du goût salé de l'abcès que l'on crève.
J'ai mal, oui mais j'y crois… Nous auront mal encore Il arrive parfois que l'Amour se déchaîne. Si nous ne mourons pas, nous serons donc plus forts. J'ai mal de nos erreurs, et ça en vaut la peine.
Marche figée, ...timbre froid des guitares... J'ai perdu la lune en tombant un soir. J'ai délaissé la lune au fond du noir. J'ai laissé à mes pieds son étendard.
Tout ce que je voulais c'était mourir Au Raatikko. Seule avec ma lyre. ...Timbre glacé du kantele... Zéphyr, Ta vague sèche ainsi que mon sourire.
Tout ce que je voulais, c'était mourir Au Raatikko.
Factice, La silencieuse étreinte Et ses teintes éteintes Suit le signe du froid.
Fanée, Comme le long des rails. Contre le soupirail, Les yeux tendus vers toi.
Je me souviens le froid - un jour de soleil noir Le vide et le Silence –soupir- la folie Je me souviens de moi-cloîtrée là dans mes cris Je l'ai vue, aiguisée, à côté du miroir.
Je me souviens le bras – l'horizon dessiné Plus près, plus près de moi – soupir – et puis l'oubli. Je me souviens de toi – et le tapis sali - Je me souviens les pleurs que je n'ai pas versés.
Je me souviens les pas – les sanglots de ma mère De longues bandes blanches – soupir – leur blanc lit Je ne me souviens pas cet outrage à la vie, Je me souviens le fil qui recousait ma chair.
Et la trop belle empreinte vide et sans couleur, Et le dernier hiatus vivant à contrecœur.
Elle est la sans-couleur et l'intouchable gel, La lacune et le puits, la Vie vêtue de Mort Elle est la devinette, incurable séquelle, Le soupir et le cri, le bâillon et le mors.
Et lui La cherche sous ses voiles, sous les draps, dans ses bras, Derrière les sanglots coulant sur les remparts Et lui cherche les mots, les mots qu'elle n'a pas Et lui
Elle ne sait pas dire « aide-moi » ni « j'ai mal » Elle cèle, elle omet, elle voile, elle ment, Elle scelle, elle emmure dans sa gorge pâle Les « pourquoi », les « j'espère » - mais lui les attend…
Je suis comme le vent, la pluie ou bien la neige, Je me souffle et je roule, et je meurs doucement, Aussi froide que belle, mes sons sont arpège, La nature bleutée l'intuition, l'instrument.
Je suis ce bruit de pas qui glisse sur l'hiver, Je susurre en douceur ou suffoque souffrante. Je suis ce bruit de pas qui brise un peu mon vers Et le doux bruissement d'une branche tremblante.
Je suis parcimonie, mesure et tempérance, Car,sana kultainen, on ne me gâche pas. Les hommes qui me parlent aiment autant le silence.
Et je suis harmonie, poème délicat, Complexe et périlleuse, subtile, sournoise Moi la langue des lacs, moi la langue finnoise.
Poète, cher poète
Le regard dans le creux, sur ce qui semble rester de tes muses. Celles-ci même qui pourtant chantaient pour toi. Tu as perdu tes vers. Noyés dans ton ennui. Noyés dans un verre vide.
Poète. Eteint comme la lumière de ta chambre. Contemplatif… A quoi bon, dans le noir, où chaque objet du décor est pâle et délavé.
Poète, pieds nus sur le froid, un plaisir insignifiant quand il te faut voir en face cette mélancolie qui te serre la gorge et te vide à ton tour... Te vide…
Poète, je te regarde, je me regarde, perdu là où tu ne te retrouves pas toi-même, où je ne me retrouve pas moi-même. Où je ne me connais pas. Où la solitude ne te reconnaît plus.
Poète, tu ne pleures même pas. Es-tu à ce point résigné? Tu n'as même pas pris la peine de ramasser les morceaux épars de ton cœur, tenté de recoller ce qui ne colle pas.
Tu souffres, poète, de n'être plus, de n'être pas, de n'avoir jamais été.
Tu n'es qu'un rêve. Tu n'es qu'un rêve, poète. Un rêve qui se brisera, comme les autres rêves. Et un jour, peut-être déjà venu à ton insu, tu ne sauras plus rêver.
Voir Demain dilué tout au fond de son verre Et Hier déterré pour un moindre sourire. Être à court de chimères donc à court de vers Ecourter la supplique au profit du soupir.
Succomber au confort de la chaleur des pleurs, Condamner dans son âme portes et fenêtres, Molletonner son cœur pour éviter les heurts, Eteindre la lumière et puis rêver, peut-être…
Je vous hais, longues heures, longues et froides heures Longues et lasses heures, silencieuses clameurs Je vous hais, larges heures, vastes et plates heures Je vous hais vides heures, sans le sens dans le heurt.
Je vous hais, fades heures, fades et grises heures Fades et tristes heures, insipide torpeur Je vous hais, lentes heures, lourdes et lâches heures Je vous hais, pâles heures, vous que je compte en pleurs.
Mon malheur s'enrichit au rythme de vos chœurs Tous vos tics et vos tacs ne font qu'avancer leurres Votre ardeur à durer ravive ma douleur D'être loin de celui qui fait battre mon cœur…
Je vous hais, longues heures, longues et froides heures Longues et lasses heures, silencieuses clameurs Je vous hais, lentes heures, lourdes et lâches heures Je vous hais, pâles heures, vous que je compte en pleurs.
Des pages blanches de vers non écrits : des draps nus. Le monde nu. Un nouveau matin qui s'étire dans le vide, promesses de longueurs, d'absence. Promesse de promesses.
Des silences blancs des paroles non dites. Musique inaudible. Portées vides. Pauses.
Le cœur nu.
Et sous la peau nue de mon ventre nu, ta chair qui se meut, qui t'attend avec moi, qui attend son père.
Front contre la lumière.
Ton rebord pleure à froides larmes Fracas frileux fou caverneux Jamais regard n'a tant de charmes Que le tien quand il est furieux
Ton coeur bat plus fort qu'un orage Tu vis plus fort que terre et feu Au fil de toi, je fais naufrage Sur le sang de tes veines bleues
Et j'aime tant te voir jeter Sans retenue tous tes émois Ces cris que tu ne peux pousser - J'ai le vertige au bord de toi
Pour un peu qu'il ne tarde à rencontrer le jour, Outrageuse est l'attente et terrible est le temps... Ultérieure est la vie qui le prendra de cours Si incertaine mais si certaine pourtant. Son coeur qui bat dedans est le fruit de l'amour, Et malgré mon bonheur, je hurle en enfantant... Zizanie viscérale. Route sans retour.
Mes souvenirs sont au futur. Demain était encore hier.
J'ai tout oublié.
Moi j'y croyais dur comme fer, En ce doux hiver qui perdure, Perdu Demain après Hier, Perdu la main dans l'aventure.
J'ai tout oublié.
Demain n'a pas plus de futur Qu'Hier n'évoque de passé.
Puisque tu veux savoir, ô passant étranger Curieux passager, étrange vagabond,
Ce que contient le cœur des filles outragées, Reste ici écouter ma sordide chanson.
C'est lepetit secretqui s'est glissé la nuit Là où les enfants sages attendent le sommeil, Où les hommes se lèvent et se glissent sans bruit, Où les robes s'enlèvent, où les mains s'émerveillent.
Ils tracent les futurs et les futures traces Sur les yeux étoilés que trompent leurs sourires Ils nous aiment ainsi, quand les parois s'effacent Avec tous les espoirs que tronquent leurs soupirs.
On grandit, on survit, on en meurt comme on peut Puisque quoi que l'on fasse,Iln'est jamais bien loin. Il surgit, il sévit, on meurt encore un peu, Aux alentours du soir, jusqu'au petit matin.
Je n'ai jamais osé, étranger bien-aimé,
Curieux passager m'ayant offert l'anneau, Vagabond de mes jours, de nos nuits passionnées, Troubler tes jolis rêves avec mes sursauts.
Sous un saule pleureur, pleure seule, mon âme, A l'abri de la bise et des souffles menteurs Et des brises factices et des pluies de heurts, Sous un saule pleureur dont le socle se pâme.
Sous un saule pleureur, réfugie-toi, mon âme, A l'abri des arbitres et d'un monde arbitraire. A l'abri des bruits sourds débranche ta colère Sous un saule pleureur, le monde est moins infâme.
Sous un saule pleureur, tiens-toi droite, mon âme, Comme un vieil arbre mort, arbre gêné -logique-, Comme un genêt sans fleurs, ni beau, ni bucolique. Sous un saule pleureur, la raideur te réclame...
Silence je m'accroche à tes branches qui cassent Et sous verre incassable ont souffert tous les cris ! Ô Silence reflet de ma bouche de glace Où succombent nos vies, mes vers et mes écrits !
Silence le credo de mon coeur en armure ! Mutisme immémorial, j'aime quand tu me brides, Caressant impudent mes trop vieilles sutures, Et scellant mes deux lèvres pour cacher mes vides !
Presqu'une heure que je lis texte après texte ; scotché.
C'est simplement de la poésie. Quant à la prosodie, tu as l'air plutôt experte.
Rares, très rares de si belles découvertes poétiques !
Ta poésie est une douce musique qui vole au vent de l'automne ; une poésie rythmée de mélancolie. (Le silence) a été pour moi une révélation... et j'ai voulu alors en lire davantage et tes poèmes m'ont sublimés.
Il est clair que je reviendrai me noyer dans tes vers.