Présentation : La célébrité me rattrape: moi qui voulais rester invisible (peut-être est-ce ce qui m'a valu d'être reconnu...), me voilà contraint de me dévoiler sur la demande expresse des hébergeants SFRistes. Pour faire lapidaire: homme, 26 ans, pilosité notable, je m'espère fantaisiste et acclame ceux qui le sont vraiment. Je tiens avant tout à remercier mes parents sans qui je ne serais pas là et dédis ce prix à tous les gens de l'ombre qui ont oeuvré à la reconnaissance de mon incommensurable talent. Ah j'oubliais, j'aime avant tout la modestie.
Influences : MAUPassant, Grand Corps Malade, Antoine Blondin, Raymond Devos, ASSASSIN, Boulgakov
Hier soir, assommé par une journée en tout point éreintante, je me couchai tôt, enivré par la perspective d'une longue nuit ouatée. Je me jetai à corps perdu dans la douceur de mon lit et ne tardai pas à m'assoupir quand un vague bruit, éclôt des limbes du sommeil, m'interpella. Je prêtai l'oreille : on grattait à ma porte. Oh, rien de bien violent ! Juste une succession rapide de frottements secs. Intrigué, je me levai et me dirigeai chancelant vers mon entrée, avançant à tâtons, tel un aveugle, en laissant courir mes mains le long des murs. Elles atteignirent finalement la porte et l'ouvrirent. Mes yeux en firent de même. Face à moi : rien. Je dus, suprême effort, baisser les yeux en les gardant ouverts pour en savoir plus sur l'identité de l'importun. Bien entendu, il s'agissait d'un chat. Mais ce n'était pas un de ces gros chats d'appartement, lourds et inutiles : ce chat était svelte et visiblement très entreprenant. Il n'était ni noir, ni gris, ni blanc ; à vrai dire c'était un chat chatoyant. Sa couleur beige tigrée de roux se fondait admirablement dans celle du sol, un peu comme le camouflage d'un G.I en mission dans la jungle birmane. L'animal miaula deux fois, comme ceux de son espèce le font toujours, se redressa et amorça lascivement le contournement de ma jambe droite. J'étais peu enclin à me laisser séduire mais le minet minaudait à me pieds en hérissant son court pelage. Pas totalement rat, je consentis tout de même à m'abaisser pour lui prodiguer quelques caresses. C'est en faisant ce mouvement que je m'aperçus qu'il avait la queue amputée, détail qui m'avait échappé de prime abord. Interloqué, j'attrapai le chat pour observer plus précisément son membre restreint. Je dus revoir mon jugement : sa queue n'était non pas tranchée mais elle était naturellement courte. Au grand regret de ma cruauté intime, la bête n'avait donc pas été sauvagement mutilée mais était tout simplement malformée. Cette anomalie physique me la rendit néanmoins sympathique. Je posai sur elle un autre regard, un regard bienveillant qui mêlait empathie et commisération. J'imaginais aisément que son existence de chaton devait souffrir de cette déficience. Sans nul doute était il même l'objet des railleries de la gente féline, persifleuse espèce moustachue à l'arrogance déplacée.
Sans doute effrayé par le nouveau regard que je lui portais, le chat sauta hors de mes bras et courut ventre à terre jusqu'au bout du couloir où il s'arrêta net. Il se retourna et me regarda en faisant danser son moignon. La logique eût voulu que j'en profitasse pour aller me recoucher. Et pourtant, sans me l'expliquer, je le suivis, en caleçon, laissant derrière moi mon appartement grand ouvert.
Bien vite, en tout cas bien trop pour je comprenne ce qui m'arrivait, je me retrouvai dans une clairière surplombée par la brume naissante. Elle bordait une rivière argentée qui ronflait paisiblement, bercée par la mélodie d'un vent tiède. Sur le rivage, dos à moi, un fauteuil roulant, et sur cette chaise roulante, un corps inerte et sur ce corps, posé sur les genoux, un fusil de chasse. Je m'approchai, inquiet à l'idée de ce que j'allais découvrir. Les herbes hautes et perlées de rosée me chatouillaient les mollets, et pourtant je ne riais pas. Arrivés à proximité du fauteuil, mon désormais ami félin, qui m'avait guidé jusqu'ici avec une grande neutralité, m'interrogea : « Tu crois qu'il est mort ? ». Je ne relevai pas la question et, le souffle court, je posai la main sur l'épaule du corps. Celui-ci se retourna brusquement, saisit le fusil avec vivacité et le braqua sur ma poitrine. Instinctivement, je levai les mains au ciel et eus juste le temps de voir le chat bondir vers le fauteuil.
Lorsque je me réveillai, avant même d'ouvrir les yeux, mon premier réflexe fut de me palper la poitrine. Outre celui de dégager un érotisme insoutenable, l'intérêt de ce geste était de vérifier que mon corps ne portait pas de trou béant. Je ne savais pas pourquoi mais je savais que je devais m'en assurer. Tranquillisée par mon diagnostic, mon attention se décentra et je constatai que j'étais étendu en travers d'un fauteuil, les jambes pendantes, allongé sur les genoux d'un type qui me souriait. Il n'avait pourtant aucune raison apparente de sourire. D'une part, il était gros et avait un visage qui inspirait la répulsion bien qu'il tentait de le dissimuler derrière une casquette bariolée. Deuxièmement, il était en plein effort : il activait ses deux bras en cadence pour faire avancer son bolide. Je remarquai qu'il avait un fusil en bandoulière ce qui l'entravait dans ses mouvements. Le fusil, le fauteuil, le corps inerte qui ne l'était pas… Tout me revint d'un coup, emmêlé et brouillé, comme lors d'un lendemain de fête trop arrosée.
« Et le chat ? » m'inquiétai-je vaguement en direction du type du fauteuil.
Aucune réponse. Il se contenta de me sourire en hochant la tête et se fendit d'un clin d'œil qui acheva de m'inquiéter. « Mais qu'est-ce qu'il me veut ce malade ? Il est complètement barré ou bien profondément con ? » m'interrogeai-je. Pour la première fois depuis bien longtemps, je craignais pour ma vie. A ce que je me souvienne, la dernière remontait à mes sept ans lorsque, jouant innocemment avec ma sœur, j'étais tombé dans un piège à renard (j'étais plutôt fin à l'époque) au fond duquel grouillait une multitude de serpents tous plus venimeux les uns que les autres. Du moins, c'est ce que ma mémoire en a retenu, la version officielle faisant état d'une inoffensive couleuvre. Quoi qu'il en soit, je ressentais le même sentiment d'impuissance qu'à l'époque, cette sensation que mon destin n'était plus vraiment entre mes mains et que, si mon heure était venue, je n'avais plus qu'à signer à contrecœur en bas de la page et disparaître de ce monde dans un dernier soupir. Bien sûr, il y avait une différence. Ce qui changeait c'était que, cette fois je n'étais pas prisonnier d'un trou, je pouvais m'échapper à tout moment. Mais je ne le fis pas pour deux raisons. D'une part je n'avais foutrement aucune idée d'où j'étais. Il n'y avait pour ainsi dire rien autour de nous, rien en tout cas qui aurait pu me donner la moindre indication sur notre position géographique : on avançait à découvert sur un sentier en terre totalement rectiligne qui fendait la rase campagne. D'autre part, et c'était sans nul doute la raison principale, le type en fauteuil me foutait la frousse. Je me disais que, barré ou con, il n'hésiterait pas une seconde à me tirer comme un lapin si j'essayais de m'enfuir. Je décidai donc de la jouer fine.
« Je peux savoir où on va comme ça ? Parce que je sais pas si vous avez remarqué mais je suis en caleçon et… comment dire ? Ah voilà… La situation est quelque peu embarrassante !
- Tu verras quand on y sera. Pour l'instant repose-toi : je crois que tu me remercieras du conseil tout à l'heure. Pour ce qui est du calfute, tu ne peux ne t'en prendre qu'à toi-même mon pote ! C'était pas prévu que tu sois assez con pour sortir sans prendre le temps de te saper » répondit-il tout en poursuivant son effort.
Examinant objectivement la situation, je me disais que, par chance, il n'était pas muet, ni sourd d'ailleurs, ce qui me laissait une chance d'en savoir plus sur le but de notre périple. C'était à peu près tout pour le positif. Maintenant, passons au négatif :
1) ce qui m'arrivait était prémédité,
2) il m'emmenait dans un endroit que je n'étais pas censé connaître et surtout…
3) j'aurai besoin de mes forces une fois qu'on serait « là-bas ».
3-1 pour le négatif et un indice supplémentaire : mon tortionnaire n'était pas con mais dangereusement barré. Ce constat me fit exploser.
« Bordel ! Mais c'est quoi cette histoire de timbrés ? Tu peux me le dire ? C'est quoi ton nom d'ailleurs ? J'suis là, à moitié à poil, allongé sur tes genoux, pommé au milieu de nulle part et je connais même pas ton nom ! »
Il bloqua brusquement les roues de son fauteuil, chose que je n'avais pas prévue. Décidément, le bougre avait le don de me surprendre. J'aurai sans doute apprécié si je ne m'étais d'un coup retrouvé propulsé, sur le sentier, face contre terre. Son sourire s'était volatilisé. On aurait même juré que son visage ignorait cette expression tant les commissures de ses lèvres, creusées comme des tranchées, plongeaient vers son menton. Le mors aux dents, il hurla :
« Ecoute-moi bien espèce de p'tite fiote : d'une, ne t'avise plus jamais d'me traiter de timbré et de deux, tu vas arrêter d'chialer comme une morveuse qui s'est faite confisquer sa Barbie ou sinon j'te plombe le cul à tel point qu'on distinguera même plus ton trou d'balle ! Compris ? »
Je roulai sur le dos et hochai la tête dans sa direction. Gêné par la verdeur de son langage, j'étais incapable de fournir le moindre mot. Silence radio. Pourtant ce n'était pas faute de désapprouver son comportement. Quelques secondes s'écoulèrent, perles de légèreté écloses dans l'atmosphère viciée, et je vis, lentement, sa peau se replier dans les tranchées.
« Bien… Maintenant tu la fermes et tu reposes illico presto tes petites fesses dodues sur mes genoux. »
Je ne comprenais pas pourquoi il tenait à ce point à ce que je m'assoie sur lui mais je jugeai que ce n'était pas vraiment le moment de lui faire part de mes réticences. Je commençai donc à m'exécuter mais, au moment de me relever en prenant appui sur mes mains, je fus paralysé. J'étais bloqué. Impossibilité totale de me redresser. J'avais l'impression d'être enfoui sous deux tonnes de terre. Désespéré, je tournai mon regard empli de détresse vers mon transporteur handicapé.
« Qu'est-ce qui s'passe encore ?
- J'arrive pas à me relever, lui répondis-je fébrilement.
- Qu'est-ce que c'est qu'ces conneries ? Tu veux peut-être que j't'aide ? ajouta-t-il en jetant sournoisement son nez par-dessus son épaule pour désigner le fusil.
- Non ! Je peux pas, j'y arrive pas… Je veux dire, physiquement, c'est impossible : mon corps est trop lourd, balbutiai-je. C'est comme si il y avait une force dans l'air qui me plaquait contre le sol ».
Il balança sa tête en arrière et leva les yeux au ciel, la visière de sa casquette pointée vers la Lune.
« Ok, j'y suis… J'ai eu la même histoire y a à peu près deux ans : une poufiasse qui s'prenait pour une diva... Une vraie tête de mule, la bougresse ! Pas moyen d'la faire tenir tranquille… Bref, maintenant qu'y a eu un imprévu, ça fout tout par terre… T'es vraiment un casse-couilles. Tu pouvais pas rester tranquille et te laisser faire ? Non, il a fallu qu'tu la ramènes… Et à coup sûr, ça va m'retomber dessus ». Il s'agitait sur son fauteuil en faisant de grands gestes avec ses bras.
- Comment ça « un imprévu » ? Et qu'est-ce qui va vous retomber dessus au juste ? Je rêve ou quoi ?! » geignai-je, toujours allongé à ses pieds.
Cette dernière phrase lui fit stopper net ses gesticulations.
« Pourquoi tu dis ça ? me lança-t-il.
- Ca quoi ? répondis-je, étonné.
- Pourquoi tu parles de rêve ?
- Je sais pas moi… Ca m'est venu comme ça. Il est vrai que vu la tournure des évènements, j'aurai mieux fait d'utiliser l'expression « cauchemar ».
- Enlève-toi ça d'la tête tout de suite mon bonhomme : ce n'est ni un rêve, ni un cauchemar. Compris ? tenta-t-il de me persuader
- Comme vous voudrez mais avouez que c'est vous qui avez commencé à en parler, moi j'ai juste lancé cette supposition, sans arrière pensée… Mais étant donnée votre réaction, …..
- Ni un rêve, ni un cauchemar ! insista-t-il en enfonçant un peu plus sa casquette.
A ce jour, on ne trouva pas meilleure façon d'imposer non-violemment le silence.
En tout cas, une chose était sûre : le type qui m'accompagnait n'était pas un professionnel du secret défense. Il aurait voulu me mettre sur la voie qu'il n'aurait pas fait mieux ! C'était évident maintenant que je nageais en plein rêve, sinon je n'aurais jamais été assez fou pour laisser mon appartement grand ouvert ! C'est alors que les paroles du chat me revinrent : « Tu crois qu'il est mort ? » Un chat qui parle en plus : n'importe quoi !! Comment avais-je pu être assez débile pour croire que ce pouvait être autre chose qu'un rêve ? « La preuve, pensai-je, je vais me réveiller dans deux secondes !! ». Une, deux, trois … « Tiens, c'est bizarre… Comment ce fait-il que je ne me réveille pas alors que je viens de mettre à jour la supercherie, celle sur quoi reposait précisément mon rêve ? ». Il y avait quelque chose qui clochait. C'est scientifique : tout rêve s'achève au moment même où l'on s'aperçoit de son existence. Comme une bulle de savon qui chercherait à tester sa solidité, la réalité éclate au contact de ses frontières. Ca ne collait pas : j'étais maintenant beaucoup trop rationnel dans ma façon de penser pour que je sois en train de rêver. J'en arrivai même à douter : « Le chat qui parle… C'était peut-être juste une hallucination… ».
Pendant que je tentais de mettre mes idées au clair sur le sujet, le type du fauteuil s'était plongé dans ses pensées. Il avait l'air d'être en pleine discussion avec lui-même. Je le voyais bouger machinalement les lèvres, comme un dévot récitant son « Je vous salue Marie ».
Après avoir de nouveau éprouvé mon incapacité à me relever, je me dis qu'à défaut d'être en mesure de redresser ma situation, je pouvais toujours tenter de l'éclairer en profitant de la confusion qui semblait s'être emparée de mon cerbère. Je pris mon ton le plus compatissant pour me lancer dans un vibrant plaidoyer:
« Ecoutez… . Je suis sincèrement désolé que vous soyez dans l'embarras mais, au passage, je tiens à signaler qu'à preuve du contraire et jusqu'à maintenant, c'est quand même moi la victime… . Ceci dit, je me joins de tout cœur à votre détresse et veuillez vous assurer, Monsieur, de mon entière collaboration en cas de difficulté avec votre hiérarchie. Je serai garant de votre …
- Ferme-la… .
- … professionnalisme sans faille. Si vous êtes jugé sur votre travail, je serai moi-même votre avocat. Mais les rouages de la justice sont ainsi faits que l'on ne peut pas déf …. .
- Ta gueule !! me lança-t-il en pleine face ».
Et comme pour mieux faire rentrer ces insanités dans ma boîte crânienne, il les appuya d'un violent coup de crosse.
Heureusement, les mots qui me réveillèrent furent d'un autre tonneau : « Qu'est-ce que tu bois ? ». Bien qu'étourdi, mon cerveau s'éveilla à ces belles paroles. Grand Dieu, enfin une attention délicate ! Et en plus, à en croire l'intonation de la voix, elle venait d'une femme. Submergé par l'émotion, j'évacuai péniblement le voile qui brouillait ma vue pour distinguer l'auteur de ces mots bénis. Mais je ne pus deviner qu'une ombre. La pièce où je me trouvais était sombre, seulement éclairée par une lampe située à côté du canapé sur lequel je gisais. Je fus pris d'une panique soudaine. Etais-je seulement encore vivant ? Je remuais pour m'en assurer.
« Reste tranquille » fit l'ombre. Puis, elle s'avança dans la lumière et me tendit un verre. « Tiens, bois ça. Ca va te remettre sur pieds en moins de deux. » Tout en me saisissant du verre, je pus enfin voir son visage. J'avoue que je fus un peu déçu : le physique n'était pas aussi agréable que la voix. Je bus une rasade et l'examinai avec plus d'attention. Visiblement, le poids des années ne l'avait pas épargnée : son visage en témoignait. Ce n'est pas qu'elle était vieille, son maintien et la couleur de ses cheveux le prouvaient. Elle n'était pas non plus totalement hideuse mais elle avait le teint passé et on sentait bien que l'alcool n'était pas étranger à la chose.
« Allez, lève-toi maintenant. Tout le monde t'attend en bas. »
J'hésitai à lui demander quelques explications mais je jugeai, qu'au point où j'en étais, rien ne m'aurais éclairé. A vrai dire, je ne me sentais plus moi-même : j'avais perdu tout repère spatio-temporel, toute dignité et toute conscience. Je n'avais plus aucun contrôle sur ma destinée, je me contentais de subir les tribulations qui m'étaient imposées. En somme, je n'étais plus qu'un corps à moitié nu voué à divertir l'Eternel. Mais je dois bien le reconnaître, cette situation m'amusait. Moi qui passais le plus clair de mon temps à maudire le quotidien, seul dans le confort spartiate de mon studio, moi qui me plaignais toujours de ne rien vivre d'extraordinaire, d'être affligé d'une vie lamentablement banale, moi qui ne rêvais que d'aventures et d'imprévus, voilà que j'étais servi. Et dans les grandes largeurs en plus ! Alors oui, je me l'avouais à ce moment précis, outrageant les lois du bon sens : j'étais content de ce qui m'arrivait, quoique encore un peu groggy. Je ne savais pas où tout cela allait m'emmener, je n'avais aucune idée quant à l'issue de ce périple mais tout compte fait, je m'en foutais. Et surtout, j'étais rassuré de ne plus voir ce gros malade de paraplégique dans les parages. Mais, gonflé par cette introspection supersonique, je décidai qu'à partir de ce moment, je jouerais le jeu dans lequel j'étais innocemment impliqué. Pour ça, je devais prendre les choses en main.
« Qui que vous soyez, laissez-moi vous dire une chose : je finis d'abord mon verre, ensuite vous me filez un truc à me mettre sur le dos et seulement quand tout ça sera fait, je vous suivrai.
- C'est qu'en plus d'avoir un joli p'tit cul, il a du caractère ! ronronna langoureusement mon hôtesse. Tu sais que j'te ferai bien l'honneur d'être mon quatre heure, mon coco…. ».
Percevant sans mal où elle voulait en venir, je finis mon verre d'un trait, bondis sur mes deux jambes avec détermination (« tiens, elles remarchent ! »), me saisis du vieux drap qui recouvrait le canapé et l'enroulai, à la manière d'un pagne, autour de ma taille.
« C'est bon ! Je vous suis ! » lui lançai-je à la volée en me ruant vers la porte tout en prenant soin de passer le plus loin possible de son corps avide.
Elle me rejoignit, me donna une claque sur les fesses et me susurra à l'oreille : « J'aime les hommes qui prennent des initiatives ».
Cette remarque, mêlée aux vapeurs d'alcool qui l'accompagnèrent, me glaça le sang.
Je descendis l'escalier dans son dos, en veillant à m'en tenir à distance respectable. Au passage, je remarquai sur les murs massifs des toiles invitant à la luxure, œuvres d'art licencieux aux frontières de la pornographie picturale qui ne surent provoquer chez moi l'idée d'y succomber. Ce qui nous attendait en bas aurait pourtant presque mérité le sacrifice…
J'avais à peine posé le pied sur le tapis qui ornait la salle, vaste et magnifiquement décorée, qu'un macaque, surgi d'on ne sait où, se précipita sur moi et s'agrippa à mon pagne. Alerté par les possibles conséquences de cet acte, je parai l'outrage par un réflexe salvateur : empoignant fermement le tissu, ma pudeur disputa au singe mon habit de fortune. Mais que me voulait donc ce primate ? Je commençai à penser que mes phéromones inspiraient les animaux ce qui, au vu de mon hygiène, n'aurait pas été totalement illogique. Mais le singe se voulait plus entreprenant encore et il m'escalada à l'aide de ses griffes pointues pour se poster sur mon épaule. Ainsi juché, il porta son museau jusqu'à mon oreille et y déposa ces quelques mots : « Casse-toi d'ici, t'es en danger ».
Il n'eut pas le temps d'en dire plus. Une main le saisit par la queue et l'envoya valdinguer. Le macaque s'enfuit en trombe vers le fond de la salle et disparut derrière un rideau. L'auteur de cette démonstration de force, qui avait récupéré sa main, s'en servit d'une manière plus avenante pour la poser à l'endroit même où s'était installée la bête : « Veuillez excuser Sim, mon singe, il est toujours très excité quand il croise de nouvelles têtes » dit-il dans un franc sourire.
Puis se tournant vers la nymphomane déchue : « Vous pouvez disposer Blandine ».
La politesse eût voulu que je me présentasse mais je me contentai de lui serrer la main. J'avais encore en tête les paroles du macaque. Cette fois, j'en étais sûr, mon imagination ne m'avait pas joué de tour : l'animal avait bien prononcé ces mots, aussi fou que cela puisse paraître. Le plaisir que j'éprouvais à être en ces lieux s'en trouvait passablement atténué.
Il fallait maintenant que je sache pourquoi j'étais ici : « Quels sont vos projets au juste, baron ? »
- Quelle étrange question… Eh bien… d'ici quelques mois, j'envisage de faire refaire la véranda de l'aile ouest…
- Non, non vous n'y êtes pas… Je veux dire, en ce qui me concerne. Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi m'avez-vous invité, enfin…. kidnappé ?
- Allons, allons cher ami, vous y allez un peu fort il me semble, tempéra le noble. Techniquement, le mot « kidnappé » me semble inapproprié. A-t-on fracturé votre porte pour violer votre intimité ?
- Non.
- Vous a-t-on emmené de force hors de votre logis ?
- Non.
- Vous a-t-on drogué pour y parvenir ?
- Non, mais…
- Vous a-t-on molesté ?
- Oui ! ». J'avais donné cette réponse avec tant d'enthousiasme que mon interlocuteur fit un pas en arrière.
« Ah bon ? Cela m'étonne… Ce n'est pourtant pas dans nos moeurs. A quel moment précisément a-t-on levé la main sur vous ?
- En fait on n'a pas levé la main sur moi à proprement parler, on s'est servi pour cela d'une arme, ce que je trouve encore moins acceptable. Et si vous voulez tout savoir, le coupable est un homme fort discourtois, grossier au possible, qui n'a même pas pris la peine de se présenter. Bien sûr, je comprends que son handicap le rende aigri mais l'infirmité ne peut légitimer à mes yeux un comportement violent.
- Tout à fait d'accord avec vous, cher ami… . Croyez bien que je ne laisserai pas impunie une telle entorse à notre code de déontologie. D'ailleurs, je vous sens très remonté. Sans doute cet outrage et le long voyage qui vous a conduit jusqu'ici y sont pour quelque chose. Que diriez-vous d'un bon repas afin de vous ressourcer ? Nous en profiterons pour éclaircir les questions qui semblent assombrir votre visage. Suivez-moi je vous prie… ».
N'ayant rien de mieux à proposer, je m'exécutai.
Nous traversâmes le salon que j'eus davantage le loisir de contempler. Sur la droite et au centre de la pièce, se dressait une imposante armoire renfermant une jolie collection d'armes tribales. Je m'arrêtai devant avec le consentement de mon hôte, qui m'en fit la description, tout heureux qu'il était de communiquer son érudition. Ces outils de combat étaient soigneusement rangés et soumis à un étiquetage rigoureux, en fonction de la civilisation à laquelle ils appartenaient. On trouvait là d'authentiques sagaies et boucliers masaïs, différents spécimens de lance-pierres sénoufos, des lances éthiopiennes ayant servi à repousser l'envahisseur italien et même ce que je pris d'abord pour des prototypes de couteaux suisses. Mais ceux-ci n'avaient d'helvète que le nom : il s'agissait en fait de lames zafamanys, pièces rares de l'artisanat traditionnel malgache.
Je dois avouer que cet étalage m'impressionna vivement et me fit presque oublier le péril qui me guettait. Heureusement, ma vigilance fut rappelée à l'ordre par une gravure représentant deux africains transportant un tigre embroché sur une longue tige de bois. L'espace d'un instant, je pris mentalement la place du défunt prédateur. J'étais en danger, je me devais d'en avoir conscience. Mais, paradoxalement, l'amabilité et l'hospitalité de mon hôte m'empêchaient de céder à la panique. Alors que nous nous dirigions vers la salle à manger, j'étais presque contraint de me faire violence pour rester sur mes gardes. Le baron était peut-être un désaxé de la pire espèce mais de toute évidence c'était un désaxé raffiné. Je n'allais pas tarder à découvrir que sa cuisine l'était aussi.
Foie gras au coulis d'airelles, homard braisé à la sauce créole, filet d'agneau sur lit de légumes printaniers et assortiment de pâtisseries : on avait mis les petits plats dans les grands et ceux-ci se retrouvaient maintenant sur la table, totalement vidés de leur contenu. Je n'avais jamais touché d'aussi près la perfection culinaire. Jusqu'alors je trouvais totalement absurde toute cette mythologie sur la table française, grotesque cette adoration extatique pour un simple besoin primaire (pourquoi n'en faisait-on pas autant pour le devenir du repas ?) et déplacée cette façon de l'élever au rang d'art par le jeu de locutions pompeuses. Mais ce repas venait de me plonger dans l'univers élitiste de la grande cuisine, c'était véritablement un baptême du palais que je venais d'effectuer. L'œil humecté par l'émotion, je jetai un regard mêlant gratitude et méfiance vers ce parrain qui venait de m'offrir l'extrême onction. Je ne savais lequel des deux sentiments je devais privilégier. Après tout, peut-être venait-il de m'empoisonner en même temps qu'il me régalait… . C'est ce moment précis, alors que Blandine faisait irruption dans la pièce, précédée d'une volute de fumée s'échappant d'une théière en fer forgé, que le maître des lieux choisit pour me poser la question suivante :
« Croyez-vous en la réincarnation ? ».
Comme il l'avait sans doute prévu, je fus surpris. Il faut dire que je n'avais jamais vraiment réfléchi à la question. Cependant, je tâchai de ne rien laisser transparaître : je pris donc un air pénétré, le fixai le plus calmement possible et lui répondis ceci :
« La réincarnation est une lucarne d'espoir dédiée aux fidèles et un état d'âme infligé aux mécréants. N'étant ni l'un, ni l'autre, non, je ne crois pas en la réincarnation. D'ailleurs ma seule croyance, qui résume en somme ma philosophie, est inscrite dans le mot « nature ». Elle seule nous précède et nous survit, elle est à la fois notre ascendante et notre descendante, notre mère et notre fille. C'est pourquoi c'est la seule chose qui mérite mon respect. »
La servante, qui s'évertuait à remplir ma tasse sans goutter, m'embrassa d'un regard passionné. Je détournai le mien pour ne pas lui laisser la moindre once d'espoir.
« Bien… . Je constate que vous avez une idée arrêtée sur la question, ce qui est à la fois une bonne chose et, dans votre situation, une mauvaise. Je pense qu'il est maintenant temps de vous exposer clairement les raisons de votre présence en ces lieux. Vous êtes d'une nature solitaire, n'est-il pas ?
- Vivant seul depuis plus d'une décennie, j'aurai du mal à vous contredire.
- De plus, je crois savoir que la vie n'a pas épargné vos proches qui ont tous tragiquement disparu. Vous n'avez donc pour ainsi dire plus aucune attache, pas le moindre cordon ombilical qui vous relie à la société.
- C'est une biographie un brin réductrice : j'ai tout de même quelques connaissances. Mais rien d'indispensable, je vous l'accorde… .
- Voilà qui est honnête… . De toute manière, je dois vous avouez que ces questions ne sont que formalités visant à m'assurer de la fiabilité de nos informations. Car cela fait maintenant quelques temps déjà que nous vous étudions.
- J'en suis flatté. Mais à quelles fins exactement ?
- Eh bien, si vous me permettez ce jeu de mots : à VOTRE fin… du moins dans votre état actuel. Je vais vous expliquer : j'ai auprès de moi un fils, que ma défunte épouse m'a légué. J'y tiens énormément mais malheureusement ce brave garçon souffre d'une terrible maladie qui condamne un à un tous ses organes vitaux. Le seul moyen de le maintenir en vie est de remplacer au fur et à mesure ces viscères défectueux. C'est à ce stade que je requiers vos services. Comprenez-vous où je veux en venir ?
- J'en ai bien peur… . Vous m'avez fait venir jusqu'ici pour me convaincre de faire don à votre fils d'un de mes organes. A priori, dans la mesure où cela peut contribuer à sauver une vie, j'y consens. Cependant, vous n'êtes sans doute pas sans savoir qu'il existe des critères quant à la compatibilité entre donneur et transplanté.
- Bien entendu, c'est pourquoi notre choix ne s'est pas fait à l'aveuglette. Je vous ai dit tout à l'heure que nous vous suivions de près. Nous en avons profité pour nous mettre à jour sur tous ces petits détails. Rassurez-vous, vous n'êtes pas le premier que nous sollicitons. D'autres avant vous ont su faire don de leur personne, au sens premier du terme. Mais au stade où en est la maladie, vous êtes l'homme de la situation, celui sur qui reposent tous nos espoirs. La tâche est lourde à porter, j'en ai conscience. C'est pour cela que nous sommes prêts à consentir de grands sacrifices à votre égard… .
- Pardonnez ma méfiance… . Mais certaines choses m'échappent encore. Si vous êtes rompu à ce genre de démarche, pourquoi dans ce cas avoir monté une telle machination pour me faire venir à vous ? »
Son visage, jusqu'ici teinté du sérieux que revêtait l'affaire, s'éclaira brusquement d'une clarté démoniaque :
« Pourquoi toutes ces précautions ? Mais tout simplement car personne ne devait savoir où vous alliez, tout comme personne ne saura ce que vous êtes devenu. »
C'est alors que tout devint clair : la question du baron sur la réincarnation sous-entendait qu'il me ménageait une fin proche. Maintenant, les pièces du puzzle se remettaient en place à une vitesse ahurissante : les animaux parlants étaient sans doute des anciens patients qu'on avait ainsi reconvertis. Le chat par qui tout avait commencé chuta vertigineusement dans mon estime : « La petite vermine à quatre pattes : elle savait et ne m'a rien dit ! ». Par contre, je ne comprenais pas pourquoi le singe m'avait alerté du danger mais, jugeant qu'il s'agissait sans doute de mon seul allié, je me gardai bien de poser la question au baron.
Celui-ci, voyant que j'avais viré blafard se réjouit de ma prise de conscience :
« Je comprends à votre mine déconfite que l'entière réalité de la situation s'est enfin révélée à vous. Je me sens soulagé : je ne savais pas trop comment vous l'annoncer. Ne croyez pas que mes atermoiements soient l'illustration d'une intense perversité, je ne prends aucun plaisir à faire ce que je fais.
- Mon cul ouais ! hurlai-je. Vous êtes un sadique fini. Et dire que j'ai failli avoir de l'estime pour vous… .
- Il ne faut pas vous en vouloir. Et puis vous vous y ferez à la longue, vous verrez. Comme les autres… . Vous êtes sous le choc pour le moment, et vous n'envisagez pas tous les avantages que cela revêt pour vous. Rendez-vous compte : vous avez la possibilité de choisir parmi une cinquantaine d'animaux celui dans la peau duquel vous désirez finir vos jours. Imaginez un peu les perspectives qui s'offrent à vous en matière d'agilité, de liberté individuelle, de sexualité !
- Si j'ai bien compris, je devrais vous remercier… ».
Il ne releva même pas l'ironie de ma réplique. Ses yeux brillaient maintenant d'une lueur folle.
« Ce n'est pas tout : vous avez également la possibilité de rester à mes côtés pour me servir, en échange de quoi je pourvoirai à tous vos besoins d'animal, quels qu'ils soient. De plus, une fois l'opération effectuée vous garderez l'intégralité de vos facultés intellectuelles : nous ne toucherons pas à votre cerveau. Mon fils n'en n'a pas l'usage.
- Parlons-en de votre fils !! A première vue, ça m'a tout l'air d'être un légume : pourquoi vous acharner à le maintenir en vie, vie dont il ne saurait profiter et qu'il poursuit aux dépens d'honnêtes personnes en pleine force de l'âge ?
- Cela suffit ! rugit-il. Je vous interdis de parler ainsi de mon fils ! Et puis, cessez un peu de vous plaindre. Vous avez passé votre vie à vous lamenter, à traîner derrière vous votre misère comme un fossoyeur s'habille de tragique pour aller travailler. Et maintenant que vous voyez poindre la fin, qui n'en est d'ailleurs pas vraiment une, vous criez au scandale. Vous êtes bien tous pareils, vous les pauvres : ce ne sont que caprices et geignements dès lors que vous sortez du ventre de votre mère ! De toute façon, ma décision est prise et ce ne sont pas vos pathétiques jérémiades rédemptrices qui l'infléchiront ».
Le ton avait franchement changé : finies les amabilités d'usage, on donnait maintenant dans l'animosité caractérisée. Le climat se voulait délétère. Blandine, qui s'était retrouvée malgré elle entre les deux feux pendant qu'elle débarrassait la table, remballa la vaisselle qu'elle mit aux abris, en même temps que sa propre personne, et quitta précipitamment la pièce.
Telles deux bêtes qui viennent de se livrer un duel, le baron et moi reprenions nos forces, haletant et défiant l'autre du regard. Le baron fut le premier à bouger : il se leva, jeta sa serviette sur la table et m'avertit que l'opération aurait lieu le lendemain matin. Sans plus de détail, il appela un homme de main qu'il chargea de me conduire jusqu'à ma chambre.
« Décidément… . Les frontières sont bien floues, ici, entre les hommes et les animaux » marmonnai-je en dévisageant le gorille qui m'accompagnait.
La porte se referma derrière moi et j'entendis le cliquetis de la serrure. Instinctivement, mais sans conviction démesurée, je me ruai vers la fenêtre. La vue était belle mais inaccessible : mon seul espoir était bloqué et renforcé de l'extérieur par une grille treillissée. Quitte à être changé en animal, j'aurai voulu que ce soit sur-le-champ pour me faufiler en araignée dans les rainures du plancher. Mais voilà, mon mètre quatre-vingt me rappelait que je n'avais aucune chance de m'échapper de cette manière. J'étais fait comme un rat, même si théoriquement j'avais l'opportunité de m'approprier différemment cette expression : fait comme un chien, fait comme un lion, un tapir : j'avais le choix, quel bonheur… . Pris de vertiges, je m'affalai sur le lit, croisai les bras derrière ma nuque et fermai les yeux. Je commençais à délirer, à me transposer dans la peau de toutes sortes d'animaux. Tout ça me rappelait les jeux qu'on fait lorsqu'on est gamin, lorsqu'on s'imagine être une petite bête capable de toutes les indiscrétions ou bien une grosse, une énorme qui en impose et qui écrase tout le monde. Ah, jolis symboles de liberté que le règne animal nous inspirait là ! Mais à l'heure actuelle et dans mon cas précis, le monde des bêtes avait plutôt des allures de prison et poils et plumes tiendraient bientôt lieu de geôliers. Après tout, peut-être l'avais-je mérité ; peut-être était-ce cela qu'on appelait la justice des hommes. Le baron n'avait pas tort sur toute la ligne : c'est vrai que je n'étais pas à proprement parler un bon vivant, j'étais même résolument asocial ; à peu près tout et tout le monde me faisait chier. Typiquement le genre de mec pénible qu'on n'invite pas de peur qu'il vous plombe la soirée en tirant une gueule de six pieds de long. Mais enfin, de là à m'occire, il y a un pas que je me refusais d'accepter à franchir. Si on agissait ainsi avec tous ceux qui ont choisi la morosité comme mode de vie, où diable allait l'humanité ?
Soudain, quelqu'un fit jouer une clé dans la serrure. « Fichtre! On vient déjà me chercher ! C'est le rejeton qui fait une descente d'organe ou on vient enfin de s'apercevoir qu'on avait oublié de me demander mon accord ? » m'interrogeai-je. Ni l'un, ni l'autre : c'était Blandine qui venait me rendre visite. Elle se glissa dans l'embrasure de la porte qu'elle prit grand soin de refermer le plus silencieusement possible. Puis elle se tourna vers moi en érigeant un doigt devant ses lèvres. Gentille mais inutile précaution : je n'avais aucune intention de hurler de joie. Elle s'approcha du lit sur lequel j'étais demeuré immobile, puis s'assit sur le matelas au niveau de mes hanches en me présentant son visage sur lequel courait un sourire malicieux.
« Je viens t'aider à sortir de là, susurra-t-elle.
- Et pourquoi tu ferais ça ?
- Peut-être parce que j'en aurais envie… .
- Comme c'est généreux ! C'est bizarre mais le coup de l'aide désintéressée j'y crois pas un instant.
- T'es un petit malin toi… . Mais ton souci c'est que t'es pas vraiment en position de force mon coco. Alors on va conclure un marché tous les deux : je te sors de là mais en échange, va falloir que tu sois très gentil avec moi.
- En nature ou en espèces ? ».
Et elle me surplomba de tout son corps. C'est alors que, pour la première fois, je la vis vraiment. Etait-ce l'envoûtement d'une hypothétique évasion ou bien le fruit de la pénombre qui régnait dans la pièce qui provoqua cela, aujourd'hui encore je ne saurais le dire, même avec le recul, mais toujours est-il que je la trouvai belle. Ainsi penchée sur moi, je pus contempler ses yeux. Ils dansaient, ronds et tribuns, évoquant des lendemains fous et épris, des lendemains pleins de promesses. Je m'en voulais presque d'avoir été jusqu'à présent si distant et hautain avec elle. Heureusement, elle semblait ne pas en avoir gardé rancune. Je rougis sans doute et rabattai lentement mes paupières.
« Filons vite d'ici » m'intima-t-elle en réajustant sa robe. Je restai niais, intimidé par sa subite métamorphose. Elle que je trouvais jusqu'alors si absolument disgracieuse et profondément indésirable, voilà maintenant que je la dévorais des yeux. Voyant que j'étais d'humeur extatique, elle me prit précipitamment la main ce qui eût le don de me réveiller. « Allez, on n'a plus de temps à perdre ! ». Elle entrebâilla précautionneusement la porte, risqua la tête dans l'embrasure et me fis signe de la suivre. Je n'avais aucun plan personnel pour nous sortir de là et je n'étais pas vraiment en mesure d'en échafauder un au pied levé. Je n'avais donc d'autre choix que de lui accorder une confiance aveugle. Dorénavant, elle serait mon guide, mes yeux, mon phare dans ce brouillard opaque.
Elle m'aiguilla en trottant à travers les couloirs sombres et étrangement silencieux jusqu'à une porte qu'elle ouvrit à l'aide d'une clef. Sa chambre. J'avais l'impression de revenir 20 ans en arrière lorsque la petite Audrey, qui affolait tous les gamins de mon collège, m'avait affranchi de mon ultime fantasme pré-pubère en m'autorisant l'accès à sa chambre. Le temps avait passé, Audrey était maintenant régulièrement enceinte et occupait son temps libre en faisant les trois-huit dans une usine de salaison.
« Aide-moi à prendre mes affaires, ensuite on file chercher le gamin et après on se casse d'ici à toute vitesse.
- Attends, attends… . J'ai du rater un épisode : quel gamin ?
- Bah, le gamin ! Enfin, mon gamin… .
- T'es entrain de me dire qu'on n'est plus deux mais trois à vouloir faire le mur ?!! Est-ce que je dois m'attendre à d'autres surprises du style ?
- Eh ! Doucement un peu… .Tu peux toujours retourner dans ta chambre si tu veux ! Tiens voilà la clef !
- Excuse-moi mais j'ai comme l'impression que le moment est mal venu pour se tirer dans les pattes.
- Tout à fait d'accord… . Mais c'est pas non plus le moment de publier nos biographies ! Alors, fais-moi confiance et arrête de me poser des questions.
- Ok, mais dis-moi au moins ce que tu comptes faire pour nous sortir de là.
- Tu veux un plan, c'est ça ? Bah, y'en a pas de plan ! Tu t'imagines peut-être que j'ai organisé la grosse évasion à l'américaine avec hélico et lance-roquettes ? Rien de tout ça mon coco : va falloir improviser ! ».
Improviser, improviser… . Elle était bonne celle-là ! J'avais déjà du mal à m'autodéterminer alors jouer le Bruce Willis pour sauver la veuve et l'orphelin, on était en plein dans l'erreur de casting. J'avais clairement pas les épaules pour ça : j'avais à peu près autant de courage et de force physique qu'un Woody Allen. Anti-héros par nature, j'étais propulsé en surhomme, de surcroît affublé d'un paréo : cette histoire sombrait dans le grotesque… .
Blandine s'employait à fourrer quelques affaires dans un sac.
« Dernière question : il est où ton gamin ? l'interrompai-je.
- Dans le bâtiment au fond du jardin. Celui qui sert aux opérations… .
Gamin, opération : oh non ! Elle ne m'aurait pas fait ce coup là quand même… .
- Tu veux dire que ton gamin, c'est le légume, pardon… le malade ?
Elle se releva sèchement, me mit en joue avec son regard et me fusilla.
- Crétin ! C'est ni un légume, ni un malade. Ya qu'un seul malade dans l'histoire et c'est le baron.
- C'est donc pour lui les dons d'organes ? Pourquoi tout ce mystère ? A-t-il honte de son état de santé ?
- Et dire qu'un moment j'ai cru que tu étais intelligent… . Tu comprends donc rien ? C'est dans la tête qu'il est malade le baron ! C'est qu'un pauvre scientifique frustré, un raté qui s'est reconverti dans la manipulation génétique, une sorte de Professeur Mabuse qui fait passer sa perversité pour un progrès scientifique. C'est un praticien du mal, un VRP du sadisme, sauf que lui, il fait du porte-emporte ! Il espionne, enquête, appâte, trompe et charcute. »
Jolie philosophie… . Etrangement, je ne me voyais plus aucun point commun avec ce désaxé. Les paroles de Blandine auraient du me refroidir, au contraire elles me donnèrent un coup de fouet. Agir et vite. S'enfuir, disparaître, tout raconter et mettre fin aux agissements de ce détraqué. Sauver l'humanité. Je venais d'endosser mentalement le costume du super héros. Blandine, ma Loïs ! Je vous sortirai de là, toi et ta progéniture. Ivre d'un sentiment de puissance, je présumais de mes forces. Si on m'avait donné une paire d'ailes, je crois bien que j'aurais filé en Colombie pour libérer les otages des FARC, embrayé sur la Birmanie pour calmer les ardeurs de la junte au pouvoir, touché deux-trois mots à Bush et Poutine en rapport à ce que je pensais de leur politique et enfin retapé la calotte glaciaire arctique sans oublier, au passage, de replanter une brassée d'arbres dans la forêt amazonienne. Le feu intérieur qui m'embrasait dut propager sa chaleur jusqu'à Blandine car elle adoucit son regard.
« Je vais le sortir de là ton mioche », lui lançai-je en gonflant les pectoraux. J'attrapai sa tête d'une main ferme et la plaquai contre ma poitrine en toisant l'aurore qui se dessinait par la fenêtre.
J'étais soudain envahi du sang-froid et de la clairvoyance dont seuls sont pourvus ceux qui détiennent entre leurs mains le trousseau de la destinée humaine. Je savais dorénavant que, quoi qu'il advienne, je saurais choisir la bonne clef, opter pour la bonne option, au bon moment. Je jetai un regard bienveillant sur Blandine qui roussissait maintenant sous la fournaise de mon assurance.
Je fis rapidement le tour des forces en présence, et pour cause : elles ne se résumaient qu'à nous trois, Blandine, moi et le singe, que ma gratitude n'avait pas oublié. Le gamin ne rentrait pas dans cette catégorie, faute de compétence avérée. A l'inverse, il fallait absolument mettre la main sur ce macaque : il pouvait nous être d'un grand secours. Je lui pressentais des prédispositions au rôle d'éclaireur sans compter que son agilité lui accorderait l'accès à des endroits a priori inatteignables.
« Il est où Sim ? » proférai-je d'une voix grave. Blandine déracina sa tête de mon épaule et me lança un regard interrogateur.
- Qu'est-ce que tu lui veux à ce singe débile ?
- Ce singe débile, comme tu dis, pourrais nous être un allié de poids. Il est de notre côté, crois-moi. C'est lui qui m'a prévenu du danger tout à l'heure quand il m'a sauté dessus.
- Ah bravo ! On peut dire que ça a porté ses fruits… . Si j'étais pas venue te sortir de ta piaule, tu serais en train d'écrire ton testament à l'heure qu'il est.
- Chacun ses qualités… . Mais quatre pattes véloces valent mieux que deux fois deux fatiguées… .
- C'est un proverbe chinois ? ironisa-t-elle.
- Je sais pas… . Je crois qu'en fait, c'est juste de la sagesse.
J'avais volontairement insisté sur ce dernier mot. Sans lui laisser le temps de répondre, je surenchérissais :
- Bon alors, il est où ce singe ?
- Je suis sans doute bien conne de te le dire mais si je le fais pas, t'es capable de tout faire foirer… . Donc, « ton ami le singe » rejoint gentiment, chaque soir, sa cage qui est située dans l'animalerie. C'est-à-dire que si tu comptes jouer Daktari avec Chita, tu vas être obligé de te coltiner l'Arche de Noé tout entier. Alors, t'es content avec ça ? »
On ne pouvait pas dire que je baignais dans une franche allégresse, cependant l'accord tacite que venait de me donner Blandine me rassurait car il prouvait qu'elle me faisait confiance et qu'elle se fiait à mes intuitions. Bien sûr, je me serais volontiers passé de sa mauvaise foi mais cela faisait visiblement partie des choses avec lesquelles je devrais dorénavant composer.
Sans rien laisser paraître de mon émotion, j'empoignai virilement le sac de Blandine et en fis de même avec la poignée. Blandine m'agrippa le bras :
« T'as pas fini de jouer les gros durs ? Tu vois, j'ai pas fait l'ENA mais j'ai ce qu'on pourrait appeler une intelligence pratique. J'ai un petit doigt, et même deux, et ils servent pas à se décrotter l'oreille comme les tiens, et ces petits doigts et bah, ils me conseillent d'aller au plus court et d'éviter de perdre du temps dans des opérations « 30 millions d'amis » ».
Elle n'avait pas tort, mais ma fierté m'empêcha d'avouer qu'elle avait raison. Toujours était-il, qu'en l'occurrence, on perdait en bavardages incessants ce temps qu'elle jugeait si précieux. Je ne me fis pas prier pour le lui faire remarquer. Puis, sans attendre sa réaction, ce qui n'aurait eu d'autre effet que de nous retarder encore davantage, je m'élançai dans le couloir.
A ce que l'extrême étroitesse de ma fenêtre m'avait laissé voir, la propriété était ceinte d'un mur massif d'une demi-douzaine de mètres de haut. Je m'adressai à Blandine pour vérifier l'information mais ma question resta en suspens.
C'est à ce moment, alors que je détournai la tête, que je fis la connaissance d'Hermann, dont la compagnie m'eût sans doute été beaucoup plus agréable au coin d'un feu de bois, l'esprit légèrement étourdi par les vapeurs d'une bonne pipe de tabac américain. Mais à défaut de feu, notre rencontre se fit dans ce couloir sombre et Hermann, bel athlète pure race m'apparût sous un jour austère. Il lâcha une sorte de râle rauque et s'avança vers moi d'un pas ferme et décidé. Apparemment, il n'avait pas l'intention de me conter fleurette. Je tentai de l'amadouer par un timide sourire mais l'entreprise échoua.
Hermann nous avait dans le nez, c'est d'ailleurs pour cela qu'il était sur nos talons.
« Qui c'est celui-là encore ? pestai-je.
- Ne t'en fais pas, il n'aboie pas.
- Oui enfin, j'imagine qu'il compense... ».
Blandine prit le parti de s'adresser directement au molosse. « Tout doux Hermann » chuchota-t-elle en même temps qu'elle risquait sa main vers le cerbère. Mais visiblement tous les deux ne parlaient pas le même langage. La boule de muscles bondit sur la boule de graisse : l'issue du combat ne faisait aucun doute. Et pourtant, à ma grande surprise et alors que je commençais à m'éloigner discrètement, je vis Hermann s'échouer lamentablement sur le sol tel une grosse escalope nerveuse. Blandine tenait à la main une grande seringue.
« Je lui ai refilé la dose pour un cheval. Avec ça, on est tranquille pour quelques heures. Et lui aussi... ».
Blandine ne cessait de me surprendre. Je l'avais dans un premier temps cataloguée en tant que soubrette décrépie, puis elle m'avait dévoilé ses atouts mais je découvrais maintenant qu'elle m'en avait dissimulé un : son sang-froid étonnant doublé d'une formidable précision dans le geste. Le tout faisait naître chez moi une certaine perplexité. Blandine cachait-elle son jeu ? Après tout, je ne savais pas grand-chose de cette femme, juste ce qu'elle avait bien voulu me montrer, pour tout dire. Hormis quelques gamètes échangés, nous n'avions pas eu le temps de nous épancher. Ce n'était certainement pas le moment mais je me promis de l'interroger plus tard sur ces troublantes facultés. J'avais hâte de dépoussiérer les pans enfouis de son existence. Qu'allais-je découvrir ? Un passionnant passé de laborantine ? Un goût prononcé pour la dissection ? Un talent caché pour l'extorsion d'aveux ? Mon cerveau fourmillait d'explications farfelues qu'il me tardait de confronter à la réalité.
Echaudés par la rencontre d'Hermann, nous accélérâmes le pas. Blandine me devançait, je la suivais religieusement comme un caneton suit sa mère. A l'enfilade de couloirs, aux multiples méandres que nous faisait emprunter notre fuite, je pus juger avec davantage de précision de l'envergure du château. Nous marchions depuis plus de cinq minutes sans être passés par deux fois au même endroit. Je revis mon studio à la porte duquel était venu gratter le destin. «Libre dans un réduit et séquestré dans un palace. Comment se peut-il que le cours des choses montre tant d'ironie ? » me demandai-je.
Alors que nous passions devant une énième porte semblable aux autres, lourde de bois et de motifs, Blandine se retourna vers moi :
« Va nous falloir des armes, tu crois pas ?
- Pourquoi tu me dis ça maintenant ?
- Parce que le moment et le lieu s'y prêtent. On est devant la porte de la salle où le baron range ses armes.
- Et tu vas me dire que c'est ouvert... .
- Non, c'est fermé.
- Et où est la clé dans ce cas ?
- Pas besoin de clé lorsqu'on a des cheveux !
Et disant, elle extirpa de son crâne l'épingle qui retenait sa lourde chevelure. Les mèches dévalèrent la pente dans un bruissement pour s'échouer en silence sur ses solides épaules.
- Ouvre grand les yeux mon coco !
Elle inséra alors l'épingle dans la serrure, la fit jouer de droite et de gauche et libéra finalement le pêne. La porte ouverte dévoila une large pièce en forme de croix qui ne comportait pas d'ouverture. Placés où nous étions, on ne voyait pas le fond des branches latérales car aucune lueur n'éclairait la pièce. Blandine me demanda son sac. Je le lui tendis. Elle fouilla dedans et en retira une lampe de poche rectangulaire, en acier, de celles dont se servent les garagistes pour ausculter le dessous des véhicules. Elle braqua le faisceau lumineux vers le sol où s'étirait un immense tapis aux couleurs passées sur lequel des hommes montés sur des chevaux encerclaient des bêtes aux traits déformés par la terreur et vers lesquelles ils brandissaient triomphalement de longues piques. Puis, d'un geste lent et circulaire, elle dirigea la lumière vers ce qui, dans des conditions de luminosité normales, devait en premier lieu frapper le regard du visiteur, et ce qui valait d'ailleurs notre présence en ce lieu. Les murs étaient recouverts d'immenses panneaux en bois sur lesquels étaient accrochées on ne sait comment des armes de tous âges et de toutes valeurs.
Il suffisait de se servir. Mais que choisir entre les sabres ottomans et les arquebuses ? Certes pas ces armes ancestrales, soyons jeunes ! Quelque chose de plus moderne alors ? Pour cela, il fallait s'orienter dans le renfoncement de gauche. Là, se trouvaient dans une armoire vitrifiée différents types d'armes à feu. Mes souvenirs de films-spaghettis me firent reconnaître une Remington, quelques Colts, et un magnifique revolver Smith&Wesson. Pris par l'exaltation, je me saisis de ce dernier. Le manche chromé, à son contact, fit passer un frisson dans tout mon corps. Je n'avais jamais tenu d'arme à feu et la première chose qui me surprit fut le poids de celle-ci. J'imaginais aisément la force avec laquelle cet instrument devait projeter l'épaule en arrière après avoir fait feu. Déjà il me tendait le muscle lorsque je le portais à bout de bras comme pour viser un adversaire imaginaire situé derrière Blandine. L'ombre de cette dernière se déployait, projetée au mur par la lampe qu'elle tenait vers elle. Oserais-je me servir de l'arme s'il le fallait ? Pris par une sorte d'angoisse, je m'imaginai presser la gâchette et, dans un crachement métallique, sentir mon corps rejeté en arrière par une violente poussée.
Blandine, relevant la tête à ce moment précis, eut un mouvement de recul en me voyant ainsi la mettre en joue. Ses yeux s'écarquillèrent l'espace d'un instant dans un étonnement craintif puis elle se ressaisit et me dit en souriant :
« Tu es complètement fou, il pourrait être chargé !
- Crois-tu vraiment que je le sois assez pour appuyer sur la détente ?, dis-je froidement d'une voix qui me surprit moi-même.
- Arrête, je n'aime pas ça... .
- « Ca » quoi ?
- Je sais pas... . Ta voix et ce flingue que tu braques sur moi... .
- Tu es mal à l'aise ? »
Elle ne répondit pas et me fixa drôlement. Je n'avais aucune intention de lui faire peur et pourtant cette arme ainsi dressée me donnait une assurance que je n'avais encore jamais ressentie. J'étais comme parcouru par un fluide à la fois glacial et chaud, mes poils se dressaient insensiblement tandis que sous chaque bras une fine gouttelette longeait placidement le contour de mes aisselles. Mon cœur se démenait tant que j'entendais ses mouvements, mais pourtant je ne ressentais aucune panique. C'était comme un lointain roulement de tambour annonçant une armée de 100 000 hommes, une irrésistible marche triomphale qui résonnait au fond d'une vallée conquise.
« Réponds-moi. Tu as peur ?
- Oui, j'ai peur, lâcha-t-elle hargneusement. Tu es content maintenant ?!
- Pas vraiment, non..., articulais-je pensivement. »
Voir Blandine ainsi fragile et muselée, la sentir si bouleversée qu'elle en avait perdu son aplomb et sa gouaille naturels, si vulnérable qu'on aurait pu la renverser d'un simple bâillement, ce changement brutal de toute sa personnalité me troublait. Ce qui m'agitait ainsi, ce n'était pas la culpabilité de profiter de la faiblesse de l'autre ; à dire vrai, mon malaise venait d'elle. D'elle et de la méfiance qu'elle me témoignait à ce moment. L'idée qu'elle me craignait m'effrayait.
« Wouh ! Quelle ambiance !, finis-je par ironiser en baissant mon arme.
- Tu m'as foutue les jetons ! soupira-t-elle, soulagée. Tu es vraiment très crédible en tueur de sang-froid !
- Simple jeu d'acteur, je ne me vois pas tirer dans la tête du premier inconnu venu.
- Du moment que tu as l'air d'en être capable, tu n'auras pas à franchir cette limite.
- Sauf si l'autre en face paraît aussi déterminé.... .
- On tâchera d'éviter que ça se produise ! Bon, maintenant les munitions et on file d'ici en vitesse. Il faut absolument qu'on ait fichu le camp de cette baraque avant le lever du jour.»
Je fais bien de te relire, niarf niarf :-) "Donne-moi un mot " as-tu supplié, pour que tu t'en "fasses un mot d'ordre" as-tu promis.
Parfait ! alors, voici mon mot : Ecris ! Steplé.....